VIAJE AL CUARTO DE UNA MADRE

 

VIAJE AL CUARTO DE UNA MADRE

À partir de 13 ans

Drame – Celia Rico Clavellino – Espagne – 2018 – 1 h 35 – VOST

Partir et laisser partir.

Leonor vit seule avec sa mère. Elle voudrait prendre son envol et quitter la maison pour vivre sa vie, se construire. Mais, elle n’ose pas l’avouer à sa mère : elle craint de la blesser et doit lutter contre un sentiment de culpabilité. Leur relation semble fusionnelle et chacune devra franchir cette étape pour prendre sa vie en main, s’émanciper du rôle de fille comme de celui de mère, dans une Espagne en crise où la famille est un vrai refuge et une protection face à la précarité. La traduction du titre est : Voyage autour de la chambre d’une mère. Thierry Chèze de Première dit joliment que cet appartement a un « double aspect cocon et prison ».

Pistes pédagogique : l’émancipation, la relation mère-fille, la culpabilité, la société espagnole actuelle.
En savoir plushttp://www.bodegafilms.com/film/viaje/
9, avril, 202021:30séance tout publicCinéma METROPOLIS Carte

Emmanuel Le Vagueresse, spécialiste de la littérature et du cinéma de l’Espagne du XXe siècle animera une soirée « latino » : projections de Los Silencios à 19 h 30 et de Viaje al cuarto de una madre à 21 h 30, le jeudi 9 avril au Metropolis.
Ils ont fait le film

“Le film est né d’un malaise”

Entretien avec la réalisatrice Celia Rico Clavellino par Alfonse Rivera https://cineuropa.org/fr/interview/360908/ – 29/09/2018

Jusqu’à récemment, Celia Rico Clavellino faisait un peu de tout, de scénariste à assistante de production et de réalisation (sur No llores, vuela de Claudia Llosa). Elle avait bien fait un court-métrage, Luisa no está en casa, en 2012, mais elle n’avait jusqu’ici pas osé se lancer dans un long-métrage. Voilà qu’elle présente enfin ce premier film, Viaje, merveilleusement interprété par Lola Dueñas et Anna Castillo, dans la section New Directors du 66e Festival de San Sebastian.

Cineuropa : Pourquoi tourner ce film dans un village de la province de Séville alors qu’il n’y a qu’une seule scène qui se passe en extérieur, dans une rue qui ne permet pas d’identifier le lieu?
Celia Rico Clavellino :
C’est dire si j’ai dû défendre l’idée de déplacer toute l’équipe jusqu’à mon lieu de naissance, pour ne presque rien tourner en extérieur ! “Pourquoi sommes-nous venus ici ?”, se demandaient certains… Plus tard, ils ont compris. Au-delà du fait que je souhaitais que Lola Dueñas apprenne à coudre avec ma mère, qu’elle vienne chez moi et travaille à son atelier, je souhaitais aussi que tout le monde s’assoie autour de la table de travail, car presque personne dans l’équipe ne savait de quoi il s’agissait. Je souhaitais qu’ils comprennent quelle relation j’ai avec ma famille et mon entourage, et ce phénomène contradictoire typique d’un village qui est que quand on va là-bas, les gens vous aiment et se soucient de vous mais attendent aussi de vous, jusqu’à ce qu’arrive un moment où vous commencez à étouffer. Les actrices ont vécu cela, surtout Anna Castillo, et c’était capital pour le film. Nous avons mélangé la vie et la fiction avant le tournage pour qu’ensuite, tout cela soit construit. Et les lectures de scénario se sont faites autour de la table, en mangeant les beignets de ma mère et ma tante.

Le film est donc né de cette claustrophobie qu’on ressent parfois au sein des petites communautés?
Il y a beaucoup de choses personnelles dans le film, il est né de ce que j’ai vécu et ressenti, mais ce n’est pas un film autobiographique – bien qu’un auteur se raconte toujours à travers les thèmes qu’il aborde. Le film part d’un mal-être : je me trouve à ce moment médiant entre l’état de fille de mes parents et celui de mère potentielle, un moment où je peux m’évaluer comme fille mais avec en tête la question de ce que c’est qu’une mère et de qui il y a derrière, et aussi la question de ce qu’on cesse d’être quand on devient mère, et comment on redevient cette personne quand on n’a plus besoin de nous. Le film part aussi de ce moment où l’on décide de quitter sa maison natale, où l’on part avec des espoirs, sans savoir ce qui va arriver. On est face à un gouffre. Et les décisions qu’on prend à ce moment-là vont marquer le reste de votre vie. Moi, je suis partie, et quand je rend visite à ma famille, être seule me manque, mais il y a une contradiction très forte en moi, parce que quand je suis loin, je me sens coupable de ne pas consacrer plus de temps à mes parents. Parfois, je n’ai pas de temps pour eux, alors qu’eux arrêtent leur temps pour nous.

L’ancrage dans un lieu n’est peut-être pas si important que cela.
On dit qu’après cinq ans loin de chez soi, les racines, déjà, sont très fragiles. On commence à se demander ce qui va se passer quand les parents vont mourir, parce qu’ils ne sont plus présents dans votre vie quotidienne. On se sent protégé juste par le fait qu’ils existent, alors… où transporter cet amour quand ils viendront à manquer ?

Le miroir que sont les parents apparaît aussi dans votre film.
Le film, au début, marque beaucoup sur la distance entre les générations. La mère a abandonné sa carrière de mannequin pour cette fille et elle veut l’avoir près d’elle parce qu’elle a peur de rester seule, alors elle lui cherche un travail sur place. J’ai essayé de rendre la dignité du métier de modiste/couturière, que je ne nie pas. En revanche, je m’oppose au fait de ne pas avoir d’espace pour se construire soi-même, se connaître soi-même et comprendre soi-même quelle est notre vocation. J’ai essayé de tendre un pont, parce que bien qu’on ait un rôle établi en tant qu’enfant, quand on se retrouve dans celui de l’autre et qu’on devient à son tour parent, on se rend compte qu’on n’est pas si différents. Si on élimine les rôles pour avoir des relations qui soient plus d’individu à individu, on dépasse les différences de générations, qui ne sont pas si nombreuse que cela.

Entretien avec la réalisatrice en espagnol

https://www.cinemaldito.com/entrevista-a-celia-rico-clavellino-directora-de-viaje-al-cuarto-de-una-madre/

http://www.otroscines.com/nota-14767-entrevista-a-celia-rico-clavellino-directora-de-viaje-a

http://www.escribiendocine.com/entrevista/0016163-celia-rico-clavellino-devolver-a-los-padres-lo-que-nos-han-dado-es-dificil-de-conseguir/

Entretien en espagnol avec Lola Dueñas

https://www.elmundo.es/metropoli/cine/2018/10/04/5bb5f013468aeb736a8b467f.html

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Ils en parlent

Celia Rico ouvre au public une maison à la campagne, très semblable à celle où elle a grandi. On sent dans ce foyer une absence : celle du père, qui est mort mais dont on sent encore la présence dans les objets, et le souvenir des autres membres de la famille : la mère du titre (formidablement interprétée par Lola Dueñas) et sa fille (Anna Castillo, qui confirme son indéniable talent, après le Goya obtenu il y a deux ans pour L’Olivier). Bien qu’entre ces quatre murs, la jeune fille se sente à l’abri, protégée, elle ne souhaite pas y rester, et ainsi perpétuer le type d’existence qu’a mené sa mère. Elle veut s’envoler, comme d’autres jeunes filles de sa génération. Hélas, ce désir fait souffrir sa mère, et le manque de communication entre elles rend leur cohabitation tendue.

À partir de cette situation très simple mais très reconnaissable, on analyse de près, à partir de détails qui paraissent insignifiants et de dialogues précis et authentiques, les nombreuses nuances de la vie en famille dans un lieu exigu et fortement conditionné par les coutumes familiales, bien enracinées par le passage du temps. Bien que tout semble facile et quotidien dans le film, le travail minutieux et intense qu’a fait la réalisatrice avec ses actrices les transforme vraiment en cette fille ou ce fils que nous avons été, et en cette mère que nous pouvons reconnaître, qui s’est toujours préoccupée avant tout de son enfant. Quand l’élan de la jeunesse va les séparer, le téléphone devient un cordon ombilical simbolique, et ces kilomètres entre elles sèment chez l’une, la mauvaise conscience, et chez l’autre, contrairement à ce qu’on pourrait attendre, le sentiment d’une libération jamais imaginée même en rêve.

À travers la photographie de Santiago Racaj (Été 1993) et le montage de Fernando Franco, Celia Rico ne dissimule pas son admiration pour les films de ce dernier, auteur notamment de Morir. On la retrouve dans sa manière de brosser son portrait psychologique et de le façonner à partir de l’intimité, comme celle de ces nuits d’hiver où l’on s’endort sur le canapé parce qu’on se sent bien au chaud dans ce foyer qui est à la fois une prison et un nid – une sensation paradoxale que le film parvient à rendre sans fausse note, mais avec une sincère et profonde sensibilité où se lit une grande affection pour les personnages.

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Bande Annonce et vidéos

Bande-annonce espagnole (sans sous-titre)

https://www.youtube.com/watch?v=Ch1O2sf-BWU

Making-of (vidéo en espagnol)

https://www.youtube.com/watch?v=WNrh6Wxj69c

Plusieurs extraits du film en VO (sans sous titre)

https://cineuropa.org/es/video/360861/rdid/357316/

Entretien avec la réalisatrice Celia Rico Clavellino en VO (sans sous-titre)

https://www.youtube.com/watch?v=t-LQGV_uXa4

https://www.youtube.com/watch?v=5deAUtOQCKQ

Entretien avec les deux actrices Lola Dueñas et Anna Castillo en VO (sans sous-titre)

https://www.ecartelera.com/videos/entrevista-anna-castillo-lola-duenas-viaje-cuarto-una-madre/

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Documents à télécharger et pistes pédagogiques

Dossier pédagogique très complet pour la classe d’espagnol en collège et lycée:

https://www.cinespagnol-nantes.com/wp-content/uploads/2019/03/dp-viajealcuartodeunamadre-2019.pdf

Dossier pédagogique en français et en espagnol:

https://www.cinespagnol.com/wp-content/uploads/2019/08/DP-VIAJE-AL-CUARTO-DE-UNA-MADRE-2e-jet.pdf

Le dossier de presse

http://www.bodegafilms.com/wp-content/uploads/DPVIAJE-V3.pdf

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