La révolution silencieuse

 

À partir de 13 ans

La révolution silencieuse
Drame – Lars Kraume – Allemagne – 2018 – 1 h 51 – VOST
Le silence : un acte libérateur !
1956, RDA : des lycéens décident de faire une minute de silence pour protester contre l'intervention soviétique pendant les émeutes en Hongrie. Ils deviennent des ennemis de l'État.
Pistes pédagogiques : éveil politique/individu et société/solidarité/rébellion/relation est-ouest
26, mars, 201917:00La revolution silencieuseCinéma METROPOLIS Carte
28, mars, 201919:30La révolution silencieuseCinéma METROPOLIS Carte
30, mars, 201921:30La révolution silencieuseCinéma METROPOLIS Carte
1, avril, 201914:00La révolution silencieuseCinéma METROPOLIS Carte
4, avril, 201919:30La révolution silencieuseCinéma METROPOLIS Carte
En savoir plus… http://distrib.pyramidefilms.com/la-revolution-silencieuse.html
1956, l’année de la révolte en Hongrie. Théo et Kurt, deux élèves de terminale d’Eisenhüttenstadt (RDA) vont au cinéma en Allemagne de l’ouest. Avant la projection du film, les actualités internationales les confrontent à la vision occidentale de ces événements, considérés par la RDA comme contre-révolutionnaires, animés par des pays étrangers. Les deux jeunes rentrent chez eux avec ce regard des pays de l’ouest dans la tête. Ils proposent alors à leurs camarades de classe d’observer une minute de silence pour protester contre les morts de cette insurrection, d’autant plus que, selon une fausse information des medias occidentaux, un des morts serait Ferenc Puskás, capitaine de l’équipe nationale de foot hongroise. Les réactions à cette minute de silence de la part des officiels, professeur, proviseur, responsables politiques, prennent des proportions démesurées. Les jeunes lycéens deviennent des ennemis de l’État et doivent en subir les conséquences. Lars Kraume précise qu’il a voulu montrer dans ce film « à quel point, la liberté d’opinion est importante, quelle force peut avoir la solidarité, à quel point l’emploi abusif du pouvoir est peu efficace face un groupe de personnes qui se sont liguées » et qu’à « un moment donné de sa jeunesse, il est obligatoire de devenir une personne politique. Celui qui n’a pas sa propre conviction et en répond n’a rien ». (Traduit de l’Allemand)Friedenspreis des deutschen Films – Die Brücke, 2018
Deutscher Filmpreis 2018 : nominé dans 4 catégories (meilleur film, meilleur scénario, meilleure caméra, meilleurs costumes)
Ils ont fait le film

Né en Italie, Lars Kraume a grandi à Francfort sur le Main. Pendant ses études à la Deutsche Film- und Fernsehakademie à Berlin, il a reçu le prix du Meilleur court métrage au Festival international de Turin en 1996, et son film de fin d’études a obtenu en 1998 le Grimme-Preis du Meilleur réalisateur.
Il a réalisé de nombreuses saisons de la série Tatort. En 2015, le Festival international de Locarno projeta en avant-première son film Fritz Bauer, un héros allemand, l’histoire pendant les années 1950 d’un procureur d’État qui voulait imposer à la RFA de juger chez elle les anciens nazis pour qu’elle assume son passé. Ce film obtint par la suite de très nombreux prix dont, en 2016, le Deutscher Filmpreis du Meilleur film de l’année et d’autres prix pour la Meilleure réalisation et le Meilleur scénario.

Entretien avec Lars Kraume sur critikat.com (Maël Mubalegh)

La révolution silencieuse fut montrée pour la première fois pendant la Berlinale en 2018.
Trois ans après son biopic sur Fritz Bauer, le redoutable « chasseur de nazis », Lars Kraume revient avec une chronique adolescente où il explore à nouveau une tranche du passé de l’Allemagne, cette fois-ci dans l’ancienne RDA. Mais à travers le récit des conséquences politiques d’une minute de silence organisée dans leur salle de classe par des écoliers est-allemands en 1956, en soutien aux révolutionnaires hongrois réprimés par l’armée soviétique, le réalisateur laisse avant tout la vie et l’énergie juvénile des interprètes guider sa mise en scène : c’est un teen movie modeste et exécuté avec une belle élégance qui se déploie ici à travers les lignes de l’anecdote historique édifiante.

Cette anecdote de la « salle de classe silencieuse » est-elle en Allemagne considérée comme un véritable fait historique qui pourrait figurer dans les manuels d’histoire des élèves ?

C’est une anecdote historique avérée, oui, seulement elle ne figure pas dans les manuels d’histoire ! C’est une anecdote très peu connue comme il y en a beaucoup d’autres du temps de la RDA. Celle-ci est peut-être cependant légèrement plus familière parce que Dietrich Garstka l’a racontée dans son autobiographie (dans le film, Garstka est devenu le personnage de Kurt). Son livre est paru il y a douze ans et c’est à cette époque que j’ai commencé à me pencher sur le scénario adapté.

Avez-vous dû apporter des compléments au matériau originel ?

Oui, comme c’est très souvent le cas avec des histoires inspirées d’événements réels : le scénario est un mélange de pensées du moment historique et de densité narrative. Dans le cas de La Révolution silencieuse, c’est essentiellement la biographie des personnages que j’ai beaucoup étoffée. Notamment leur relation avec leurs pères respectifs, qui est de mon invention.
Quelque chose d’assez frappant dans le film, c’est aussi que la reconstitution de la RDA dans les extérieurs est finalement assez sobre.

En particulier dans les premières minutes du film, lorsqu’on suit les deux héros jusque dans leur « fuite » au cinéma, la ville a l’air très vivante. Comment avez-vous abordé la question des décors ?

La véritable histoire s’est déroulée à Storkow, mais c’est désormais une ville tout à fait modernisée – nous n’aurions pas pu tourner là-bas. C’est finalement Eisenhüttenstadt, une ville pas très éloignée de Storkow, que nous avons choisie comme lieu de tournage. À l’époque de la RDA, elle était connue sous le nom de « Stalinstadt » : encore aujourd’hui, c’est une cité ouvrière incroyablement moderne. Cette découverte a été décisive pour l’élaboration des décors du film : le vaste plateau de tournage qu’elle nous offrait a rendu possible ce « sentiment de la ville ».

Venons-en aux acteurs. Dans votre précédent film, Fritz Bauer, un héros allemand, vous aviez déjà fait des choix de casting assez étonnants (dans le sens positif du terme). Ronald Zehrfeld, par exemple, y jouait un personnage en quelque sorte plus fragile que ses rôles habituels. Dans La Révolution silencieuse, on peut voir entre autres Judith Engel (qui jouait une belle-mère assez cruelle dans Le Bois lacté, de Christoph Hochhäusler) incarner une figure maternelle très émouvante, au début très calme et facilement impressionnable, et qui progressivement s’affirme comme une femme puissante. Comment travaillez-vous avec les acteurs pour produire ces contrastes ?

C’est une étape importante dans la réalisation d‘un film : on ne peut jamais rattraper une erreur de casting une fois que le travail sur le plateau a commencé.

Nessie Nesslauer, directrice de casting renommée avec qui je travaille depuis environ vingt ans, s’est occupée de La Révolution silencieuse. Elle est très connue pour sa capacité à découvrir de nouveaux talents (elle a par exemple découvert August Diehl, qui est désormais un acteur allemand très célèbre). Pour trouver les jeunes acteurs du film, nous avons donc fait beaucoup de castings.
Pour les autres, pour les rôles d’adultes, tous les acteurs que nous avons choisis sont nés en ex-RDA (à l’exception d’un seul). Michael Gwisdek est peut-être le seul d’entre eux qui aurait des souvenirs de la RDA des années 1950, à l’époque où se passe l’histoire. Mais d’une façon générale cet arrière-plan était important pour l’ensemble des personnages d’adultes, notamment dans leur façon d’interagir avec les enfants.

En ce qui concerne Judith Engel, c’est une actrice qui est capable d’une vraie présence physique ; elle laisse facilement transparaître les émotions de ses personnages – ce qui était essentiel pour le rôle qu’elle joue dans le film.

Enfin, pour revenir à Ronald Zehrfeld dans Fritz Bauer : à l’époque du tournage de ce film, certaines personnes ont craint qu’il puisse s’agir d’une erreur de casting. Mais je ne voulais pas faire dans le cliché en engageant pour le rôle de cet avocat homosexuel un homme mince et timide. Tout simplement parce que l’orientation sexuelle d’un individu n’a rien à voir avec son apparence physique.

Les adolescents du film sont certes représentés comme des héros. Mais ce qui est beau, c’est qu’il s’agit aussi tout simplement de lycéens qui veulent passer leur bac. Le point de départ « historique » est bientôt intégré dans un schéma de teen movie : il y a là une évolution très nette dans le scénario mais qui est aussi d’une grande subtilité.

Je voulais que les jeunes d’aujourd’hui puissent se retrouver dans ces personnages. Au début du film, le personnage de Théo va au cinéma, il flirte avec des filles – des occupations d’adolescent. Il ne s’intéresse pas à la politique ! Elle ne devient intéressante pour lui qu’à partir du moment où il comprend enfin qu’il doit se construire sa propre opinion s’il ne veut pas finir comme son père : un homme qui s’est tout simplement fondu dans le moule de la RDA. La politique est intéressante parce que finalement, elle le concerne aussi directement.਍ഀ

Pour finir, j’aimerais vous demander si vous travaillez déjà à votre prochain projet.

Oui, c’est à nouveau un projet qui traite de l’histoire de l’Allemagne (sourire). Cette fois-ci, ce sera sur le Bauhaus, le mouvement architectural d’avant-garde fondé par Walter Gropius en 1919 à Weimar, qui a ensuite « déménagé » à Dessau puis à Berlin. Ce sera une série pour la télévision ‒ la première saison portera exclusivement sur la période de Weimar. (Maël Mubalegh)

Entretien avec Lars Kraume

  La révolution silencieuse : Dossier de presse (2,3 MiB, 12 hits)

En allemand :

Interview avec Leonhard Scheicher, Lena Klenke, Jonas Dassler, Burghart Klauẞner et Lars Kraume sur le site

Leonhard Scheicher

Moi, je joue Theo, qui, au début, est juste un petit roublard, qui participe à la minute de silence pour s’amuser. Il n’est pas très politisé, il apprend petit à petit, il assiste un peu à son propre réveil politique et apprend à assumer les conséquences de cette plaisanterie. ਍ഀ
Lena Klenke

Moi, je joue Léa, la copine de Theo […] Au début, elle n’est pas consciente des dimensions de cette minute de silence. Elle se laisse entraîner. Ce qui est très important c’est qu’elle reste fidèle à la vérité et assume.

Jonas Dassler

Ich spiele Eric. Eric fait partie des élèves qui ne sont pas tellement enthousiastes de la minute de silence. Il s’empêtre dans l’histoire, trébuche, essaie de s’en sortir avec des tours de passe-passe. C’est un peu son destin.

Comment avez vous obtenu les rôles ? En vous présentant au casting ou … ?

Oui.

Vous paraissez extrêmement authentique. Faut-il une préparation particulière pour incarner une personne réelle ?

Il faut dire que la biographie des personnes tels qu’ils apparaissent dans le film, ne correspond pas entièrement à la réalité. Cela a été dramatisé. […] L’histoire s’est vraiment passée, mais les personnages autour ont été inventé par Lars.
Burghart Klauẞner

Après Fritz Bauer, vous avez à nouveau travaillé avec Lars Kraume. Qu’est ce qui vous a intéressé dans le rôle du ministre de l’éducation de la RDA ?

Oui, c’est vraiment un sale type, un authentique staliniste, on peut comprendre un peu, il a failli être pendu par les nazis, donc il vit dans l’idée qu’il faut étouffer dans l’œuf cette idée qui germe dans une classe. C’est intéressant… il y a des gens qui agissent sous la contrainte ‒ on peut presque l’appeler comme cela ‒ et j’aime jouer des personnages comme cela.

Comment en tant qu’acteur, on s’approche d’un tel personnage, réellement existant ? On s’appuie exclusivement sur le scénario ou est-ce qu’on se met soi-même a faire des recherches ?

Alors pour le personnage du ministre de l’éducation nationale, il n’y a rien a rechercher, on ne sait rien de lui. Pour d’autres, comme Fritz Bauer par exemple […], on peut faire beaucoup de chose, voir des interprétations, lire beaucoup, mais […],je dirais, je suis préparé à presque tout. […]

Lars Kraume

Surtout quand on filme des évènements historiques, en tant que réalisateur, vous devez sûrement peser entre la précision historique et des adaptations exigés par la dramaturgie. À quel endroits est-ce que c’est le cas pour ce film-ci ?

Exact. C’est le dilemme dans lequel on se trouve. On ne veut pas raconter une fausse histoire, mais en même temps on veut que les gens assistent à un film de cinéma qui est dense et qui révèle tout ce que Dietrich Garstka dans son livre peut décrire et raconter sur beaucoup plus de pages et avec plus de détails. Ici on a déplacé l’histoire qui s’est passée à Strokow à Stalinstadt, tout simplement parce que c’est un endroit de tournage spectaculaire et parce que cette ville a une force symbolique plus importante pour la jeune RDA, c’était une vraie ville représentative. Et puis tout ce qui se passe dans les familles, ce qu’ils racontent ‒ qui a fait quoi pendant la Seconde Guerre mondiale, qui a participé au soulèvement des travailleurs, quelle position dans cette jeune société de la RDA, tout cela je l’ai “fictionalisé”. Ce ne sont pas les vraies biographies des personnages, ce sont des personnages que j’ai inventés pour mettre en avant ce qui, au delà des évènements à proprement parlés donne de l’importance à cette histoire. […]

Tout de suite après la projection du film pour la presse, les collègues ont discuté. Le collègue un peu plus âgé critiquait 2 choses, et ce sont peut-être justement ces deux “adaptations fictionnelles”. Il disait que ces soirées, où on écoutait ensemble la radio “Rias Berlin” n’auraient jamais existé, car beaucoup trop dangereuses.

Non, c’est faux, ils ont écouté ensemble RIAS. Mais pas chez un personnage comme Edgar, mais plutôt dans un bistrot.
Le deuxième point c’était que les soldats russes n’auraient jamais été ensemble dans un bistrot avec des soldats allemands.
C’est faux aussi. Cette histoire est racontée exactement comme cela par Friedrich Garstka, et elle s’est passée comme cela.
[…] Je serais très content si cette histoire était vue par beaucoup de spectateurs à l’étranger parce que notre histoire allemande est tellement virulente, agressive, sombre et mouvementé et c’est bien sûr intéressant que l’étranger regarde aussi cette histoire, compare avec sa propre histoire et bien sûr nous met en garde de ne pas recommencer les mêmes erreurs. […]

Interview avec Lars Kraume sur : https://www.zeit.de/kultur/2018-02/das-schweigende-klassenzimmer-lars-kraume-film-berlinale-ddr/seite-2

[collapse]
Bande Annonce et vidéos

[collapse]

Les commentaires sont fermés.