Sami, une jeunesse en Laponie

 

À partir de 14 ans

Sami une jeunesse en Laponie
Drame – Amanda Kernell – Suède – 2018 – 1 h 53 – VOST
Perdre son identité pour mieux se retrouver.
Dans la Suède des années 30, Elle, 14 ans, jeune fille sami est en internat. Face aux humiliations, elle refuse d’accepter son sort et pour s’émanciper doit couper tout lien avec les siens et sa culture.
Pistes pédagogiques : racisme et eugénisme des années 30/questions identitaires
28, mars, 201917:00Sami, une jeunesse en LaponieCinéma METROPOLIS Carte
30, mars, 201919:30Sami, une jeunesse en LaponieCinéma METROPOLIS Carte
1, avril, 201921:30Sami, une jeunesse en LaponieCinéma METROPOLIS Carte
4, avril, 201914:00Sami, une jeunesse en LaponieCinéma METROPOLIS Carte

En savoir plus… https://www.avoir-alire.com/sami-une-jeunesse-en-laponie-la-critique-du-film

Pour son premier long métrage, Amanda Kernell nous fait découvrir, au travers des yeux d’une adolescente, l’histoire méconnue du peuple Sami, nomades éleveurs de rennes.

De nos jours, au nord de la Suède, en Laponie, une vieille dame venue assister aux obsèques de sa sœur refuse obstinément de renouer avec sa communauté. Par un long flash back, nous assistons à son douloureux parcours dans les années 30 où les doctrines racistes qui s’imposaient en Allemagne contaminaient la Suède. Elle Marje, alors âgée de 14 ans, est envoyée en pension avec sa sœur pour y recevoir un enseignement basique en suédois, les jeunes Samis étant considérés comme intellectuellement inférieurs. Animée par un désir intense d’étudier, elle fait le choix de se couper de ses racines, de renier les siens et sa culture pour fuir les humiliations et un destin tout tracé.

Un bel hommage à tous ceux qui victimes du racisme se battent pour leur émancipation. Mais à quel prix ?

Prix Lux du Cinéma 2017 du Parlement Européen. Prix Jean Renoir des lycéens. De nombreux prix et nominations

Ils ont fait le film

Interview du réalisateur sur le site cineuropa

De quoi ça parle ?

Elle, 14 ans, est jeune fille d’origine Sâmi. Elève en internat, exposée au racisme des années 30 et à l’humiliation des évaluations ethniques, elle commence à rêver d’une autre vie. Pour s’émanciper et affirmer ce qu’elle souhaite devenir, elle n’a d’autres choix que rompre tous les liens avec sa famille et sa culture.

AlloCiné : Votre film est inspiré de votre court métrage « Stoerre Vaerie ». Quelle a été votre approche sur ce premier long métrage : est-ce une adaptation du court métrage ? Une façon d’aller plus loin ? Une variation ? Une suite ?

Amanda Kernell : J’ai tourné Stoerre Vaerie en tant que pilote pour le scénario de ce long métrage, donc c’était une façon d’étudier les choix et les collaborations artistiques et la forme du film. C’était une bonne chose à faire avant ce premier long métrage pour des questions de financement. Par la suite, nous avons été très chanceux que le film ait eu sa première internationale à Sundance, qui bien sûr, a aidé le processus de fabrication du long métrage.

Votre héroïne, Elle Marja, rejette sa culture sans être acceptée de l’autre côté. Nous avons le sentiment que toute sa vie, elle est condamnée à ne jamais être « au bon endroit ». Est-ce une situation connue par beaucoup de Samis ?

Oui clairement. Mais ce n’est pas unique au peuple sami. Vous pouvez avoir le même genre d’expérience si vous faites par exemple un voyage scolaire, ou que vous vous déplacez de ville en ville ou de pays en pays, en tant qu’immigrant. C’était intéressant quand j’ai rencontré le coproducteur danois pour la première fois : c’est un footballeur blond danois et il m’a immédiatement dit : « ce film parle de moi ». Au départ j’ai failli ne pas le croire, mais il a ensuite commencé à parler de son histoire, de son déménagement de la campagne à Copenhague, et combien il avait essayé désespérément de s’intégrer dans la grande ville. Il y a donc vraiment beaucoup de gens qui partagent le même genre d’expérience.

Malgré les choix de votre héroïne, vous ne la jugez jamais. Était-ce important pour vous d’avoir cette approche ?

Oui. Pourquoi devrais-je la juger ? Le film est une déclaration d’amour à une génération plus âgée de Samis, à la fois à ceux qui ont tout quitté et coupé tous liens, et à ceux qui sont restés. Il y a beaucoup de femmes fortes dans ma famille qui ont fait des choix radicaux et qui ont vécu des vies dures, et je les ai toujours admirées. Nous disons qu’ils ne cassent jamais, ils plient comme le bouleau de montagne. Donc, pour le personnage principal, je cherchais la Katniss Everdeen de Sápmi (NDLR : nom same de la Laponie). Dans ma famille, il y a des anciens qui rejettent fermement les Samis – alors que ce sont des Samis eux-mêmes. Mais maintenant, ils sont Suédois et ont coupé tous les liens avec leur passé. Et ce n’est pas seulement dans ma famille, c’est une grande partie de cette génération (des Samis) qui a pris la même décision radicale. Et je me suis toujours demandée ce qui les avait fait partir. Et ce que cela fait à une
personne de couper tous les liens avec son univers, sa famille, sa culture. Et si vous êtes perçu comme une race inférieure, comment vous défendez-vous ?

Lene Cecilia Sparrok – et sa soeur Mia Erika Sparrok – sont deux actrices Sami. Était-ce est important pour vous que le casting soit aussi authentique que possible ? Quel regard Lena Cecilia a t-elle porté sur les choix de son personnage ?

Dès le début, je savais que je voulais trouver deux vraies soeurs, de préférence parlant le sâme du sud (une plus petite langue sâme parlée par seulement 500 personnes couramment ; au total il y a 9 langues sami). Ces sœurs devaient avoir être élevées avec des rennes d’élevage, pour pouvoir connaître le métier. Et je ne cherchais pas seulement d’excellentes compétences d’acteur, mais aussi un visage dont vous vous souviendrez pour toujours. Humbles demandes, non ? (Rires) Cela semblait complètement impossible, mais quand j’ai informé mon producteur, il a immédiatement dit : « Oui, la fille que vous recherchez existe vraiment. Elle habite en Norvège et son nom est Lene Cecilia Sparrok ». Les mois suivants, j’ai filmé beaucoup d’adolescentes dans la région, mais j’ai choisi Lene. C’était elle.

Pendant le film, Lene Cecilia Sparrok intériorise beaucoup de choses et l’essentiel passe par son regard : comment avez-vous travaillé avec elle ?

Nous avons fait beaucoup de répétitions, bien sûr. Et nous avons passé des heures à parler et à discuter, et elle me proposait beaucoup de choses. Cela a l’air facile quand elle joue, mais il y a beaucoup de travail derrière. Elle connaissait un grand nombre des situations, comme aller dans un pensionnat sami par exemple, même si c’est très différent d’aujourd’hui.

Votre court métrage et ce film s’inspirent de la vie de votre grand-mère : que vous a t-elle raconté de sa jeunesse et de son état d’esprit à cette époque ? A-t-elle vu le film ?

J’ai fait beaucoup de recherches et beaucoup d’interviews pendant le développement du film, donc je dirais que le le film est inspiré de nombreux souvenirs différents, plutôt que d’un seul souvenir. Le film parle aussi du fait d’être une adolescente essayant de s’intégrer, et combien on vous demande de changer pour y parvenir. Et cela vient de mes propres expériences.

Votre personnage principal est dans le rejet de sa propre culture et voit dans l’éducation un moyen d’émancipation… jusqu’à la scène de la visite médicale, qui est un véritable basculement pour elle et qui la ramène à ce qu’elle ne veut pas être, un animal de cirque. Quels souvenirs gardez-vous de cette séquences très difficile ?

Tourner cette séquences était très différent du reste du film, car presque tous les enfants acteurs de la scène de la photographie de biologie raciale ont des grands-parents ou des parents qui ont subi le même genre d’examens. Les enfants voulaient participer pour mieux comprendre à quoi cela ressemblait pour leurs proches. Pour savoir ce que leurs grands-parents ont traversé… La situation est très complexe cependant. Vous voyez, pour le peuple sami, une grande partie des abus au cours de l’histoire se sont faits par la photographie. Et nous ne voulions pas reproduire le même genre d’abus. D’autre part, nous voulions rendre les séquences historiquement correctes, en montrant comment les procédures étaient réalisée. Mais là encore, la réalité pour le peuple sami était bien plus difficile que ce qu’on voit dans le film et beaucoup de choses ont été laissées de côté. J’ai décidé que je ne voulais pas filmer d’expériences gynécologiques, par exemple. Je me souviens que les enfants disaient que c’était très réel, même si l’histoire se déroule dans les années 1930. Après ils ont cru par exemple que les acteurs adultes de la scène étaient réellement des biologistes raciaux. Je leur ai dit que ces scientifiques n’existent plus depuis, et que ce n’est plus considéré comme un domaine scientifique. Les enfants m’ont alors demandé si cela pouvait se reproduire un jour. Et concernant cette question, je n’avais pas de réponse claire à leur donner.

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