Capharnaüm

 

À partir de 13 ans

Capharnaüm
Drame – Nadine Labaki – Liban, France – 2018 – 2 h 06 – VOST
« La misère a failli être un crime » (dicton arabe)
Zain, enfant libanais de 12 ans en quête d'identité, se rebelle contre l’existence qu'on cherche à lui imposer et va jusqu’à porter plainte contre ses parents pour lui avoir donné la vie.
Pistes pédagogiques : l’enfance maltraitée/les sans-papiers/la pauvreté/le Liban
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En savoir plus… https://www.unifrance.org/film/45744/capharnaum

On ne reconnaîtra qu’un visage, celui de la réalisatrice ; les autres, on ne les a jamais vus, à moins de fréquenter les quartiers les plus pauvres de Beyrouth. Nadine Labaki, la cinéaste, tient aussi le rôle de l’avocate qui défend Zain, dans le procès qui l’oppose à ses parents, à qui il reproche de l’avoir mis au monde. À rebours de ce que font nombre de ses pairs cinéastesacteurs, elle ne s’est pas réservé la part du lion, et les séquences de prétoire n’offriront que de brèves accalmies dans le torrent qui emporte Capharnaüm.

Capharnaüm est une vibrante plaidoirie pour l’enfance laissée-pour-compte, Zain ne connaît pas son âge exact puisqu’il n’a même pas été déclaré à la naissance dans ce quartier de Beyrouth où tout n’est que bruit, gravats et poussière, et où les plus misérables sont exploités par d’autres, à peine moins pauvres. Sa famille vit dans un taudis que le travail de ses enfants paie à son propriétaire. Il en sort pour trafiquer des médicaments pour sa mère ou mendier en compagnie de sa petite sœur, sur laquelle il est le seul à veiller.

Quand la fillette de 11 ans est donnée en mariage, ou plutôt vendue, par leurs parents à un homme de 30 ans, Zain, écœuré, fuit. Il rencontre Rahil, une immigrée éthiopienne qui a accouché en secret pour ne pas être expulsée, et il devient baby-sitter d’infortune… Commence alors l’itinéraire de deux enfants pas gâtés…

Prix du jury au festival de Cannes 2018

Ils ont fait le film

Nadine Labaki

http://www.nadinelabaki.com/

Nadine Labaki (en arabe : نادين لبكي) est une réalisatrice, scénariste et actrice libanaise, née le 18 février 1974 à Beyrouth.

Nadine Labaki passe son baccalauréat à Beyrouth en 1993. Diplômée en études audiovisuelles à l’université Saint-Joseph de Beyrouth (IESAV), elle réalise son film d’école, 11 rue Pasteur, en 1997, qui obtient Le Prix du meilleur court métrage à la Biennale du cinéma arabe à l’Institut du monde arabe (Paris) en 1998.

Nadine Labaki a aussi participé au concours télévisé Studio el Fan au début des années 1990 dans la catégorie réalisation.

Elle tourne ensuite des publicités et de nombreux clips musicaux pour de célèbres chanteuses du Moyen-Orient comme Nancy Ajram ou Carole Samaha, pour lesquels elle obtient des prix en 2002 et 2003.

En 2005, elle joue dans le film Bosta l’autobus.

En août 2007, elle sort son premier film en tant que réalisatrice, Caramel, présenté à la sélection de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes la même année. Il est projeté dans plus de 65 pays à travers le monde et est devenu le plus grand succès international du cinéma libanais.

Nadine Labaki est faite chevalier des Arts et des Lettres par la France en juillet 2008.

Son film Et maintenant, on va où ? sorti en 2011, a été choisi pour représenter le Liban aux Oscars 2012. Il remporte le prix du public au Festival international du film de Toronto en 2011[1].

Lors du Festival de Cannes 2015 elle est membre du jury Un certain regard d’Isabella Rossellini.

En 2016, elle est candidate sur la liste Beyrouth Madinati pour l’élection municipale à Beyrouth[2].

Lors du Festival de Cannes 2018, son film Capharnaüm obtient le prix du jury.

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Ils en parlent

Cannes 2018 : « Capharnaüm » ou « Les Misérables », version beyrouthine

Le Monde, Thomas Sotinel

En compétition, le film de la réalisatrice libanaise Nadine Labaki convainc par sa grande force romanesque.

On ne reconnaîtra qu’un visage, celui de la réalisatrice ; les autres, on ne les a jamais vus, à moins de connaître les quartiers pauvres de Beyrouth. Nadine Labaki joue l’avocate qui défend Zain, un garçon d’une douzaine d’années, dans le procès qui l’oppose à ses parents, à qui il reproche de l’avoir mis au monde. A rebours de ce que font nombre de ses pairs cinéastes et acteurs, la réalisatrice ne s’est pas réservé la part du lion, et les séquences de prétoire n’offriront que de brèves accalmies dans le torrent qui emporte Capharnaüm, présenté en compétition le 17 mai. Rien dans ce troisième long-métrage de la Libanaise n’est attendu : sa violence, son style quasi docu-mentaire, sa force romanesque prennent au dépourvu avant d’emporter la conviction.

Déjà dans Et maintenant, on va où ? (2011), Nadine Labaki avait fait travailler des débutants, mêlés à des professionnels. Pour raconter l’histoire de Zain, elle a cherché des gens dont la vie n’est pas éloignée de celle que mènent leurs personnages. Capharnaüm met en scène le désordre qui régit leur vie. Les deux termes sont contradictoires, mais ici le chaos qui amène les parents à vendre leurs enfants, les hommes à acheter les femmes, les moins faibles à faire souffrir les plus faibles est une loi d’airain : un fossé infranchissable sépare ceux qui n’ont rien des autres.

A la dureté du monde, Zain (Zain Al Rafeea) oppose son énergie, sa méfiance, sa violence, sa grossièreté

Du mauvais côté de ce fossé, Zain (Zain Al Rafeea) a suivi un chemin tortueux jusqu’à la prison de laquelle il lance la plainte ¬contre ses parents, itinéraire que le film retrace en une série de retours en arrière. Il vit dans un appartement miséreux, dont le loyer est payé par le travail que les enfants de la maison offrent au propriétaire, boutiquier du quartier. Le garçon livre les commandes de ses voisins, essaie de soutirer une pièce aux automobilistes, aide sa mère à trafiquer des médicaments stupéfiants. A la dureté du monde, il oppose son énergie, sa méfiance, sa violence, sa grossièreté. On ne le voit baisser la garde qu’avec sa sœur Sahar, d’un an plus jeune que lui. Lorsqu’il comprend que ses parents veulent la marier au boutiquier, il s’enfuit.

Ne pas mourir de faim

Il rencontre Rahil (Yordanos Shiferaw), immigrée éthiopienne qui a dû quitter son emploi de bonne après être tombée enceinte des œuvres d’un autre employé de maison. Rahil élève Yonas (Boluwatife Treasure Bankole), son bébé, en tentant de le soustraire au regard des autorités qui trouveraient là une raison supplémentaire de l’expulser. J’ai cité le nom du nourrisson (une petite fille d’origine nigériane et kényane). C’est que Nadine Labaki, à force de patience (elle disposait de cinq cents heures de rushs) et d’astuce, en a obtenu assez pour en faire un vrai personnage.

Le cœur du film, et ce qu’il a de meilleur, est constitué d’un long moment où les deux enfants, le préadolescent et le bébé qui ne marche pas encore, sont livrés à eux-mêmes dans Beyrouth, tentent de ne pas mourir de faim, de ne pas se laisser envahir par la crasse. Impossible de ne pas songer à l’épisode des Misérables dans lequel Gavroche recueille deux gamins, même sens de la précarité, mêmes soulagements éphémères à chaque fois qu’elle est tenue à distance, même souci de faire de la ville un personnage.

Il y a quelque chose du regard des romanciers du XIXe siècle dans la manière dont Nadine Labaki met en scène le dénuement, et ses effets sur l’humanité de ceux qui en sont victimes. Le même souci d’exactitude, la même volonté de les rendre au genre humain par le biais de la fiction, qui se cristallise ici à travers le procès. La réalisatrice est consciente des périls du procédé. L’une des plus belles séquences oppose la mère de Zain (Kawthar Al Haddad) à l’avocate qui défend l’enfant. « Que savez-vous de la misère ? », lui demande-t-elle en substance. Le regard décontenancé que l’actrice prête à son personnage dit à la fois les limites assumées et l’ambition rêvée de Capharnaüm.

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Bande Annonce et vidéos

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Documents à télécharger et pistes pédagogiques

  Capharnaüm : Dossier de presse (10,6 MiB, 110 hits)

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