Le miracle de Berne

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  LE MIRACLE DE BERNE (Das Wunder von Bern) À partir de 13 ans
Drame – Söhnke Wortman – Allemagne, Suisse allemande – 2003 (reprise 2017) – 1h57 – VOST
Tout enfant a besoin d’un père ou d’un héros.
Essen, 1954, l’Allemagne est sélectionnée pour le championnat du monde de foot. Mathias, 11 ans, découvre à côté de son père de substitution, star de football, son vrai père, ex-prisonnier en URSS.
Pistes pédagogiques : Relation père/fils, l’Allemagne des années 50, retour de captivité, le sport
En savoir plus…
1954. Matthias, 11 ans, vit avec sa mère et ses deux frères et sœurs plus âgés dans la Ruhr, où Christa, la maman, tient un bistrot avec l’aide de ses enfants. La guerre est terminée depuis 9 ans, mais le père de Matthias, Richard Lubanski, prisonnier de guerre en URSS, n’est toujours pas rentré. L’absence du père ne semble pas trop traumatiser Matthias : il l’a à peine connu et, passionné de football, il a trouvé un ami et une figure paternelle en Helmut Rahn, joueur de foot des équipes locale et nationale. Lorsque le père est enfin libéré et retrouve les siens, il ne se reconnaît pas dans cette Allemagne d’après guerre, et entre rapidement en conflit avec sa femme et ses enfants.

Cette même année, la Coupe du monde de football est organisée en Suisse et l’Allemagne se qualifie pour la finale à Berne. Richard y amène son fils. La victoire de l’Allemagne permet à ce nouveau pays de retrouver une identité nationale neuf ans après une capitulation dont la population a bien du mal à essuyer les ombres.

La réconciliation entre le père et son fils, l’acceptation de cette nouvelle Allemagne relèvent presque d’un miracle.

Prix du Film Allemand 2004 (Meilleur Film, Meilleure Réalisation, Meilleur Second Rôle Féminin)

Public à partir de 13 ans

Le miracle de Berne
(Das Wunder von Bern)
13, février, 201821:30Le miracle de BerneCharleville-MézièresCinéma MétropolisCarte
15, février, 201814:00Le miracle de BerneCharleville-MézièresCinéma MétropolisCarte
18, février, 201819:30Le miracle de BerneCharleville-MézièresCinéma MétropolisCarte
20, février, 201814:00Le miracle de BerneCharleville-MézièresCinéma MétropolisCarte
22, février, 201819:30Le miracle de BerneCharleville-MézièresCinéma MétropolisCarte

Ils ont fait le film

Le réalisateur, Sönke Wortmann, biographie

Interview avec le réalisateur Sönke Wortmann

David contre Goliath au stade de foot

[… ] Avec le film Le miracle de Bern, (Sönke Wortmann) a réalisé un vieux rêve. Cette épopée héroïque raconte la victoire inattendue de l’équipe nationale allemande au championnat du monde de football en 1954 à Berne. Il s’intéresse également à l’humeur qui régnait en Allemagne de l’après-guerre. Les scènes de foot ont été reconstituées avec un investissement inhabituel pour des films allemands et digitalisées dans le stade virtuel de Wankdorf à Berne. Dans son interview, Sönke Wortmann raconte son enthousiasme pour cet événement historique et parle de sa propre expérience de football.

Filmreporter : D’où vient chez vous cette fascination pour le miracle de Berne. Contrairement à la chute du mur, il s’agit là d’un événement auquel vous n’avez pas vous-même assisté ?
Wortmann : J’ai moi-même pratiqué ce sport et est arrivé le moment où je me suis rendu compte ce que signifiait le Miracle de Berne et à quel point cela a dû être émouvant de vivre cela. Puis, c’était si particulier, car ici, David s’affrontait à Goliath : La Hongrie n’avait pas été battue depuis presque 5 ans ! L’Allemagne était vraiment l’outsider et avait au match éliminatoire perdu contre la Hongrie

3 : 8. Pendant la finale, après 7 minutes, le score est déjà 0:2 contre l’Allemagne. Ce sont des faits qu’on ne peut pas inventer mieux. Peut-être qu’à un réalisateur hollywoodien j’aurais renvoyé le scénario en lui disant : « Vous en faites un peu trop ! » Mais cela s’est vraiment passé ainsi. Pas besoin d’avoir assisté à cet événement. Il gardera toujours son côté fascinant, comme beaucoup d’autres choses du passé. Je n’ai pas assisté non plus au naufrage du Titanic et, pourtant, il s’est gravé dans notre mémoire collective.
Filmreporter : Pour faire revivre le stade de Wankdorf dans votre film, vous avez eu recours à des effets spéciaux qui ressemblent presque au film « Gladiator ». Savez-vous dans quoi vous vous embarquiez ?
Wortmann : Je ne le savais pas vraiment. Je n’avais pas imaginé non plus que le résultat serait aussi bon. En regardant de près, on voit bien sûr qu’ils ne jouent pas dans le stade de Wankdorf. Et on le sait. Mais dans « Gladiator », on reconnaît aussi les effets spéciaux. Les tigres artificiels, je ne les trouvais pas particulièrement bons et, pourtant, le film a obtenu un Oscar pour les effets spéciaux. Il ne faut pas être trop sévère. Le Miracle de Berne n’est pas un film d’effets spéciaux, plutôt le contraire. Nous avons commencé avec des scènes de football qui ont été retravaillées après par numérique. Quand tout au début du tournage, nous étions dans notre stade surdimensionné avec ses murs verts, mon directeur de la photographie et moi-même, nous avions tout de suite compris que nous nous étions engagés dans quelque chose de grand. J’ai pris peur au début, c’est vrai. Puis, après une courte interruption, on s’est dit : cela va être dur.
Filmreporter : Combien de temps avez vous mis pour mettre en scène les parties de la finale rejouées ?
Wortmann : Ce ne sont que les 5 buts qu’on connaît qu’on a rejoués, pas le reste. J’avais un entraîneur-adjoint, qui est entraîneur dans la vie réelle. On s’est entraîné pendant un après-midi, et, enfin, le cinquième essai avec tous les participants était le bon. Ils étaient tous footballeurs. Les spectateurs sont tellement critiques en ce qui concerne le foot.Tout le monde sait reconnaître s’il s’agit de quelqu’un qui s’y connaît ou pas. Pas question de courir un risque. C’étaient tous de vrais bons joueurs, des joueurs d’un niveau supérieur.
Filmreporter : Vous avez vous-même joué à un haut niveau.
Wortmann : Oui, c’était dans la deuxième division de Westphalie. Une fois, avec Erkenschwick (club de foot en Rhénanie-Westphalie, ndlr), je suis monté de la troisième à la deuxième division. Entretemps, ils sont descendus à la cinquième division, mais c’est la vie.

Filmreporter : Que signifie pour vous le foot aujourd’hui ?

Wortmann : J’aime bien regarder et je suis ses évolutions, pas plus. […]

Filmreporter : Pensez-vous déjà à votre public lors du tournage ou avez-vous déjà une idée en tête et vous faites comme cela vous plaît ?
Wortmann : Je fais comme cela me plaît, mais en même temps, je pense au public. C’est l’angle d’attaque qui est important. J’ai toujours dit qu’il faut faire des films aussi pour le public. mes films ne sont pas des films d’auteur ni des films d’art, plutôt des films de divertissement, et, alors, on pense automatiquement au public. Tout d’abord, il faut que cela m’intéresse, c’est déjà assez difficile. Puis, il faut que je pense que cela pourrait aussi intéresser le public – alors, le choix des sujets se réduit !

Filmreporter : Vous dites que vous vous considérez comme quelqu’un qui fait du divertissement, pas quelqu’un qui fait des films d’art. Est-ce que vous vous considérez comme un artiste ?
Wortmann : Au fait, non. J’ai toujours dit que je suis un artisan du cinéma. Surtout la comédie est proche de l’artisanat – J’ai lu une fois dans un journal, que je serais le mécanicien de précision de la comédie. J’ai pris cela pour un compliment. Mais évidemment, l’art joue un rôle aussi. Karl Valentin a dit : « L’art vient du savoir-faire. »

[…]Frank Geissler, 18 octobre 2003 (traduit de l’allemand)

Interview de Sönke Wortmann dans Filmportal.de

« Ce projet était mon rêve par excellence. (…)

Au début, j’y avais mis essentiellement du football, puis les coupures se firent au dépend du jeu, parce que finalement c’est plus l’histoire familiale que l’histoire sportive qui m’intéressait. (…)

Nous avons chercher des joueurs de foot qui savaient aussi jouer la comédie. (…)

Le Miracle de Berne n’est pas un film documentaire. (…) »

(Filmportal.de) (traduit de l’allemand)

Peter Lohmeyer (le père)

Louis Klamroth (Matthias) est le fils de Peter Lohmeyer.

Johanna Gastdorf (la mère)

sites en allemand :

biographie

Interview

bruitage

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Ils en parlent

À propos des prisonniers de guerre allemands, retenus en URSS jusque dans les années 50 :

Bien que le nombre de prisonniers de guerre en rapport à la totalité fut relativement faible à la fin 1949, ce sujet sensibilisait toujours l’attention de la population en Allemagne de l’Ouest – contrairement à la RDA. Pendant sa première déclaration de politique générale, le nouveau chancelier Konrad Adenauer insistait lourdement sur le fait que des milliers de prisonniers de guerre n’étaient toujours pas rentrés en Allemagne. Pendant les années 50, des journées de commémoration pour les prisonniers de guerre avaient lieu régulièrement. Des affiches rappelaient régulièrement aussi le destin des prisonniers de guerre non rentrés.

Les années suivantes, de façon répétée, des condamnés de guerre furent renvoyés chez eux. Mais ce ne fut qu’en 1953 qu’une vague plus importante de libération eut lieu subitement. 12 000 prisonniers de guerre eurent le droit de rentrer chez eux – certainement une concession de l’URSS envers le gouvernement de la RDA suite au soulèvement du 17 juin 1953. Ce geste devait rendre au gouvernement de la RDA plus de « crédit » aux yeux de la population. Plus décisif fut cependant le célèbre voyage de Konrad Adenauer à Moscou en septembre 1955, lors duquel les derniers 10 000 prisonniers de guerre furent libérés contre la reprise de contacts diplomatiques entre les deux pays. Jusqu’au retour des derniers en 1956, 16 ans étaient passées depuis le début de la Seconde Guerre mondiale, et 10 années depuis sa fin. […]

Comme dans tous les pays belligérants, l’absence de tant d’hommes signifiait une énorme charge pour la société. Les pères et les fils aînés manquaient dans les familles. restaient à la maison les femmes, les vieux hommes, les adolescents et les enfants. Rapidement, on engagea des jeunes femmes comme aides dans la Wehrmacht et, lorsque les bombardements des villes allemandes s’amplifièrent, on commença à envoyer les enfants à la campagne. Vers la fin de la guerre et dans les années immédiatement après celle-ci, il n’y avait guère de famille au complet.

Ainsi, dans la vie professionnelle mais aussi dans les familles, les femmes prenaient en charge des tâches, réservées jusqu’à maintenant selon les règles de la société aux hommes. Les aînés des garçons remplissaient le rôle de père de remplacement. Les femmes étaient surmenées : non seulement elles étaient obligées de nourrir une famille à une époque où il n’y avait pas assez de nourriture, mais, en plus, souvent, elles ne disposaient pas d’un logement pour leur famille, en hiver, pas de quoi se chauffer. Beaucoup de familles se décomposaient, les jeunes étaient de plus en plus livrés à eux-mêmes. Des bandes d’adolescents, disposant d’armes et de munitions en état de marche, n’étaient pas rares.

La longue absence des hommes ne laissait cependant que rarement des traces indélébiles sur le comportement stéréotypé des femmes. Bien sûr, la guerre signifiait une coupure existentielle, mais ces femmes avaient grandi dans la perspective de mettre au monde des enfants et d’avoir à s’occuper de leur famille. Certaines finissaient par apprécier leur autonomie, mais la majorité considérait que ce changement des rôles était une anormalité passagère. Le fait que les hommes à leur retour reprenaient leur tâches exprimait un retour à une vie normale.

À leur retour – surtout après tant d’années de grandes privations dans les camps soviétiques – les hommes avaient très souvent changé physiquement. Il n’état pas rare qu’ils souffraient de grands préjudices de santé et d’impuissance due à la dystrophie. Les femmes avaient attendu des hommes qui devaient reprendre leur rôle, alors qu’elles voyaient rentrer des épaves humaines qui devaient d’abord être soignées et remises debout. En plus, de nombreux revenants avaient changé psychologiquement. Ils n’arrivaient guère à parler de ce qu’ils avaient vécu avec ceux qui n’étaient pas passés par là. Beaucoup se sont repliés sur eux-mêmes. […]

Le retour des pères posait souvent des problèmes aux enfants. La difficulté dans laquelle ils avaient vécu les avaient rendus complices avec leur mère. Alors que la plupart des épouses étaient prêtes à redonner sa place à l’époux qui rentrait, les enfants n’étaient pas automatiquement d’accord pour cesser leur rôle d’adulte. Plus d’un prisonnier rapatrié est resté dans une certaine mesure un étranger dans sa famille. De nombreux couples s’étaient formés aussi à toute hâte pendant la guerre – ils n’avaient jamais vécu ensemble jusqu’au retour de captivité. Pendant l’absence de leurs maris, de nombreuses femmes se sont mises en couple avec un autre homme, avaient intégré un « oncle » dans la famille ; des divorces furent nombreux. C’étaient surtout les revenants qui souffraient de la séparation. C’est le point central de la pièce de théâtre de Wolfgang Borchert, Dehors devant la porte. Borchert raconte l’histoire du prisonnier Beckmann qui rentre d’URSS et qui trouve après trois années de captivité en Sibérie sa femme dans les bras de quelqu’un d’autre.

Voici les obstacles qu’un prisonnier devait franchir, même s’il revenait dans la ville où il était chez lui :

1. Enregistrement officiel à la mairie ou à la police communale.

2. Remplir le questionnaire de dénazification et le déposer contre un reçu.

3. Remplir la carte d’enregistrement des prisonnier de guerre revenus au pays.

4. Remplir la demande de carte d’identité et la déposer avec des photos d’identité.

5. Demander une autorisation d’habitation.

6. S’enregistrer à l’office du travail.

7. Quand on est en possession du reçu de la demande de dénazification, de l’autorisation d’habitation, de l’enregistrement à l’office du travail, on peut demander une carte de ravitaillement.

Tout ceci n’était pas possible sans le dossier complet de libération.

(Extrait de: Rüdiger Overman, Soldaten hinter Stacheldraht, Propyläen Verlag) (traduit de l’allemand).

Sepp Herberger, l’entraîneur de l’équipe nationale allemande

Helmut Rahn, joueur de football ; a tiré le troisième but au championnat du monde de 1954 contre la Hongrie

La finale du championnat du monde de 1954 : la vidéo :

La finale du championnat du monde de 1954 : l’équipe, des chiffres… :

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Bande Annonce et vidéos

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Documents à télécharger et pistes pédagogiques

Didactisation de l’Institut Goethe

  Le miracle de Berne : Didactisation de l'Institut Goethe : (1,8 MiB, 28 hits)

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