LOS SILENCIOS

 

LOS SILENCIOS

À partir de 15 ans

Fable politique – Beatriz Seigner – Colombie – 2018 – 1 h 29 – VOST

Faire reconnaître ses droits en exil et perpétuer les traditions.

Nuria et son frère Fabio ont quitté la Colombie avec leur mère pour échapper aux violences des conflits armés qui perdurent. Ils trouvent refuge auprès de la famille sur une île au milieu de l’Amazonie, le temps d’obtenir un dédommagement de l’employeur du père accidenté dont nul ne sait ce qu’il est devenu et un visa d’entrée au Brésil. Mais, désargentés, les Déplacés ne sont pas les bienvenus : l’intégration à l’école est difficile et la mère peine à trouver un emploi. Un jour, le père, qui n’a pas vraiment abandonné sa famille, réapparaît : sur l’île de Fantasia peuplée de fantômes, les vivants cohabitent avec les morts dans l’attente de passage dans l’au-delà…

Pistes pédagogiques : multiculturalisme, réalisme magique, fantômes et culte des morts, les silences.
En savoir plus… http://distrib.pyramidefilms.com/pyramide-distribution-a-l-affiche/los-silencios.html
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Festival de Cannes 2018, Quinzaine des réalisateurs

Festival Paysages de Cinéastes, Grand prix

Festival Ciné Junior, Grand prix

Ils ont fait le film

ENTRETIEN AVEC LA RÉALISATRICE

Vous vivez au Brésil. Comment est née cette histoire de famille et de fantômes liée à la Colombie ?
Un jour, une amie colombienne m’a raconté une histoire folle à propos de son enfance. Elle a quitté la Colombie après avoir appris la mort de son père, elle s’est installée au Brésil… et elle y a retrouvé son père. J’étais tellement connectée à son récit que j’avais des images dans la tête, c’était mouvant, vivant, j’en rêvais même la nuit ! Donc j’ai commencé à écrire par bribes et flashs quelques scènes. Je me suis mise ensuite à enquêter et j’ai découvert que l’immigration colombienne était l’une des plus importantes au Brésil, surtout depuis 2006. En effet, quand Lula était Président, les lois concernant les réfugiés ont changé. Il les a assouplies afin que ces populations puissent avoir du travail, un logement, un salaire minimum. En bateau, on peut aller du Brésil à la Colombie en trois jours, le facteur géographique compte, les frontières sont étanches. J’ai rencontré plus de 80 familles colombiennes immigrées et je me suis aperçue que l’histoire de mon amie n’était pas un cas particulier, que d’autres familles colombiennes la partageaient. Ça a été un choc.

Où avez-vous tourné ?
Nous avons tourné à la frontière entre le Brésil, le Pérou et la Colombie, plus précisément sur une petite île baptisée « la isla de la fantasia ». Cette île est envahie par les eaux quatre mois par an et refait surface comme par magie le reste du temps.

Vous vous êtes nourrie de l’histoire des autres pour écrire ce film, pourtant il semble y avoir une résonance intime…
J’ai en effet repensé à ma propre enfance. Mon père a dû vivre caché une partie de sa vie et je ne savais pas où… Parfois, il venait me chercher à la sortie de l’école. J’essayais de ne jamais imaginer l’endroit où il vivait reclus. J’avais du mal à en parler aux autres, c’était très effrayant pour moi. Quand j’ai écrit le scénario, ces souvenirs sont réapparus, et j’ai compris pourquoi une part de moi était si profondément touchée par ces récits que j’avais entendus.

Le processus d’écriture a-t-il été long ?
J’ai commencé à écrire en 2009. A cette époque, le scénario était très différent, j’envisageais de jouer notamment davantage avec la frontière réalité/fiction. Puis des amis m’ont parlé de cette île amazonienne. Je m’y suis rendue et j’ai commencé à interroger les habitants de l’île. J’ai demandé aux enfants ce qu’ils faisaient après l’école, comment était leur vie… Des questions banales. Mais j’en ajoutais toujours une dernière : « de quoi avez-vous peur ? ». Et là, tout le monde m’a parlé des fantômes de l’île, qu’ils évoluaient parmi les vivants et que parfois ils entraient dans leur corps pour les amener à faire de mauvaises choses. Ces fantômes semblaient les effrayer mais ils les avaient acceptés, ils vivaient avec eux. Les habitants de l’île viennent de diverses tribus mais ils partagent une sensibilité particulière avec les cultures indigènes. La présence des fantômes est bien réelle pour eux. Ils s’entretiennent avec eux, leur posent des questions, leur demandent conseil, leur offrent des cadeaux. A ce moment-là, j’ai décidé de reprendre le scénario, j’ai écrit une nouvelle version, très différente des premières ébauches, inspirée par ces histoires de croyances. Le processus d’écriture en définitive aura été très long parce que mes sources d’inspiration ont été nombreuses. Elles viennent tant des histoires personnelles et collectives que de cette île elle-même, si singulière, et des sensations qu’elle m’a communiquées.

C’est un film sensible et sensoriel où des éléments surnaturels infusent dans la réalité et la nature…
Nous avons tout de suite eu une idée : suivre les mouvements de l’Amazone, la crue et décrue. Et nous l’avons appliquée au film lui-même, c’est-à- dire que nous voulions qu’il y ait une interaction entre la réalité et le fantastique, que la réalité soit parfois immergée et que sa perception puisse être transcendée. Ce film, je l’ai toujours vu comme un film où le sensoriel avait une place concrète, tout comme les fantômes ont une place concrète dans cette région insulaire.

Il y a aussi une dimension politique évidente.
Pendant l’écriture du scénario, je suivais de très près les accords de paix en Colombie. Lorsqu’ils ont été signés, le soulagement était immense. Ils marquent un tournant historique. Mais ils ont aussi, pour ma part, mis sur table la question qu’on se pose tous : peut-on pardonner au meurtrier de son père, de son fils, de son frère ? Quand je vois la capacité d’absolution de ces familles colombiennes, je suis très émue. Et si pardonner est très dur, c’est vivre ensemble qui importe pour avancer. C’est bouleversant et courageux. Que personne ne soit au courant de ces histoires au Brésil me consterne. Le Brésil est un pays exclusivement tourné vers les Etats-Unis et l’Europe, il déconsidère ses voisins. Nous avons pourtant de nombreux points communs avec les autres cultures latino- américaines. Il s’agit seulement d’ouvrir les yeux, d’oser se regarder et se tendre la main. J’avais envie de rendre accessibles aux Brésiliens des récits qu’ils ignorent.

Los Silencios est un drame mais toute forme de misérabilisme est bannie.
Ces femmes, ces hommes et ces enfants sont dignes, et ce n’est pas parce que leurs conditions de vie sont difficiles qu’ils doivent avoir honte. Ils se battent pour l’éducation de leurs enfants, pour les nourrir et les vêtir… Le seul regard qu’on peut poser sur eux, c’est un regard empreint d’amour et de sincérité. Le film fait écho à deux questions fondamentales pour moi : comment survit-on après avoir perdu un être cher et peut-on pardonner à ceux qui nous l’ont pris ? En termes de mise en scène, ces questions impliquaient de ne pas être dans l’emphase, de ne faire aucun travelling, d’utiliser la musique a minima – qu’on entend juste au début et à la fin du film. Tout le reste repose sur des sons organiques et naturels : l’eau, le vent, le coassement des grenouilles, le bruissement des feuilles, du bois …

A l’image, des couleurs fluorescentes s’invitent et tranchent avec le reste du paysage. Quels sont les symboles derrière leur usage ?
En Amazonie, on porte souvent des couleurs fluo sur soi. J’ai aussi entendu dire que dans plusieurs cultures indigènes on prête à un certain breuvage des vertus hallucinogènes : ceux qui le boivent voient des couleurs fluorescentes envahir le monde qui les entoure. Ils voient ce qui n’est pas accessible au monde du visible. Nous avons pensé que ça pouvait être un élément intéressant à intégrer, visuellement et narrativement. Avec Marcela Gomez, la directrice artistique du film, nous avons choisi de rendre les fantômes qui habitent l’île de plus en plus luisants et colorés à mesure que le film avance, et leurs manifestations visuelles sensibles et étranges mais pas effrayantes. La mort n’est pas synonyme de couleur noire dans toutes les cultures.

La vie et la mort sont au centre de deux séquences de prise de parole en groupe, deux séquences d’assemblées villageoises …
La première assemblée, c’est l’assemblée des vivants où sont discutés les enjeux sociaux, la seconde, c’est l’assemblée des morts. La première est un lieu de prise de parole, la seconde est un lieu d’écoute. Ces séquences, je ne les ai pas inventées, ce sont les habitants de l’île qui m’ont parlé de leurs réunions et je suis donc venue avec ma caméra. Les villageois parlent avec leurs mots. Je ne voulais pas travestir la situation, mais en être le témoin silencieux. Cette île a un fonctionnement social précis et élaboré. On ne prend pas les décisions seul mais en collectivité. Les habitants se réunissent au minimum une fois par semaine pour débattre et voter. Partout où vous allez en Colombie, vous trouvez ce genre d’organisation sociale participative. Pour la séquence de l’assemblée des morts, là encore, nous ne voulions rien écrire mais laisser libres les mots de ceux qui avaient souffert de la guerre. Aucun acteur ne peut atteindre ce degré de vérité. Il y avait dans la pièce un ancien colonel des Farc qui avait fait de la prison, des victimes de la guérilla, des pères, des mères, des frères et des sœurs endeuillés, un ancien paramilitaire. Personne ne connaissait le passé des uns et des autres et pour la première fois, chacun s’écoutait. C’était si fort que j’ai laissé tourner et tourner encore la caméra. L’expérience de l’écoute était intense.

Comment avez-vous composé le casting du film ?
J’ai travaillé sur le casting avec Catalina Rodriguez et Carlos Medina, ils m’ont aidée à trouver les acteurs et à faire les répétitions avec eux. Enrique Diaz, qui joue le père, est un comédien de théâtre incroyable. Je voulais travailler avec lui. Je n’imaginais personne d’autre dans le rôle de ce père fantomatique. Marleyda Soto, qui joue la mère, est aussi une grande actrice. Elle défie tous les stéréotypes. Son interprétation est magistrale. Dès la première prise, elle a été parfaite. Pour les enfants, nous avons cherché dans les environs du lieu de tournage. Maria Paula Tabares Peña, qui joue Nuria, habite l’île. Dès que je l’ai vue, j’ai fondu, j’étais fascinée par ses grands yeux noirs, son air suspicieux. Adolfo Savilvino, qui joue Fabio, a été un peu plus compliqué à trouver. Nous cherchions un enfant à la fois naïf et frondeur. Nous sommes allés visiter une école publique et avons demandé à rencontrer les enfants les plus turbulents. C’est là que Fabio est arrivé. Le courant est tout de suite passé. La manière dont Fabio s’est pris au jeu était intense. Il était très vif, très éveillé. Il était en immersion dans le film, immédiatement.

Y a-t-il des films qui vous ont inspirée ?
Je suis particulièrement sensible au cinéma asiatique. Je crois qu’il y a des ponts importants entre l’Asie et l’Amérique Latine. J’aime le cinéma de Jia Zhangke par exemple, et ce film merveilleux de Zhang Hanyi, produit par Jia Zhangke me semble-t-il, qui s’appelle Life After Life. Los Silencios y fait référence de manière presque inconsciente. J’ai aussi été inspirée par les films de Tsai Ming-liang et Apichatpong Weerasethakul, pour leur atmosphère et leur représentation de la nature. Mais aussi, hors d’Asie, par Lucrecia Martel pour le travail sur le son, par John Cassavetes pour les improvisations avec les acteurs, et par Paris-Texas de Wim Wenders pour la scène de la mère et du fils.

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Ils en parlent

« Los Silencios » : au Brésil, l’île des vivants et des fantômes Mathieu Macheret LE MONDE 03 0419

Habité par les mille murmures et frissonnements secrets qui entourent le fleuve Amazone, le second long-métrage et première incursion dans la fiction de la réalisatrice brésilienne Beatriz Seigner, présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, se fonde sur deux réalités concomitantes. Tout d’abord, l’afflux vers le Brésil de réfugiés colombiens fuyant les conflits armés qui opposent continûment les guérillas révolutionnaires, l’armée étatique et les groupements paramilitaires (et ce en dépit du désarmement des FARC en 2017). Ensuite, la position sur leur route de la « isla de la Fantasia », territoire insulaire et insolite situé à la triple frontière de la Colombie, du Pérou et du Brésil. Beatriz Seigner s’inscrit à l’intersection de ces situations humaines et géographiques pour construire une étonnante fiction transfrontalière, en bascule entre les espaces et les temps.

Amparo (Marleyda Soto) a fui la Colombie et laissé derrière elle un mari mort dans la rébellion, pour débarquer sur l’île de la Fantasia avec sa fille, Nuria (Maria Paula Tabares Peña), et son fils, Fabio (Adolfo Savilvino). Recueillie par une aïeule, elle doit désormais se reconstruire une existence : s’installer dans un cabanon, mettre ses enfants à l’école, engager des démarches juridiques pour obtenir dédommagement, trouver du travail, s’intégrer dans une nouvelle communauté. Mais, bientôt, son mari, Adam (Enrique Diaz), réapparaît auprès d’elle et de ses enfants, présence familière et intermittente qui semble ne les avoir jamais quittés. Il se trouve en effet que Fantasia n’est pas exactement une île comme les autres, mais une sorte de portail sur l’au-delà où les fantômes de passage, guidés par le fleuve, peuvent momentanément cohabiter avec les vivants.

Une passerelle entre les pays et les mondes

Los Silencios tresse ainsi cette belle idée d’une île qui pourrait être tout autant une passerelle entre les pays qu’entre les mondes. Avec son réalisme anthropologique, privilégiant les plans longs et les cadres larges, replaçant les personnages dans la topographie de l’île (ses habitations sur pilotis, son réseau de palissades, ses toitures de tôle rouillée, ses friches et l’omniprésence des eaux fluviales), le film se laisse infiltrer presque imperceptiblement par un fantastique qui se fond dans l’ordinaire, comme s’il n’était qu’un autre versant de la réalité (il s’agit moins de surnaturel que de « sous-naturel »). Ainsi, les fantômes venant sur l’île ne se distinguent-ils en rien des vivants, mais discutent et interagissent avec eux, comme si de rien n’était. Avec une sobriété remarquable et une touche de roublardise, le film se garde bien de les désigner comme tels, livrant le spectateur à une ambiguïté flottante (les visites du père sont-elles réelles ou fantasmées), cheminant pas à pas vers une révélation bouleversante, qui redéfinit jusqu’au statut des personnages.

Beatriz Seigner a cette idée simple et belle d’orner les revenants de marques phosphorescentes, évoquant les peintures rituelles des Indiens autochtones

Derrière l’installation d’Amparo, qui recouvre aussi un processus de deuil, se dessine en filigrane la situation de Fantasia, sorte d’hétérotopie ou d’intermonde à l’avenir incertain. Une scène d’assemblée villageoise révèle une île convoitée et menacée par les promoteurs immobiliers (on prévoit d’y construire un casino pour développer le tourisme). A quoi répond une seconde scène, très belle, à l’autre bout du film : une autre délibération publique, mais cette fois entre les vivants et les morts, auprès desquels on prend conseil ou des messages à transmettre. Beatriz Seigner a alors cette idée simple et belle d’orner finalement les revenants de marques phosphorescentes, évoquant parfois les peintures rituelles des Indiens autochtones. Les fantômes ne renvoient alors plus seulement au conflit armé colombien, mais retracent toute une lignée de massacres et d’injustices ayant ensanglanté ces terres à travers les âges. Leurs parures illuminées, cortège coloré au cœur de la nuit, parachèvent la belle sensibilité dont le film fait preuve pour les luminosités vacillantes et les clairs-obscurs.

On comprend alors un peu mieux ce que peuvent désigner les « silences » qu’évoque le titre : tous ces frémissements imperceptibles de l’univers sensible – un souffle, une lueur, un écho, une latence – comme autant de brèches à travers lesquelles les morts innombrables ne cessent de se rappeler à nous. L’absence singulièrement habitée qui nous les rend intimement présents.

Los silencios : des fantômes contre l’oubli L’HUMANITE 21 03 2019

« Toute la force de Los silencios, de Beatriz Seigner, tient en ce mariage subtil entre lyrisme et récit politique. Gare au spectateur pressé qui voudrait, tel celui qui refoule un revenant, passer outre ce que le film interroge précisément de l’histoire sociale et politique colombienne.

Toute la force de Los silencios, de Beatriz Seigner, tient en ce mariage subtil entre lyrisme et récit politique. Gare au spectateur pressé qui voudrait, tel celui qui refoule un revenant, passer outre ce que le film interroge précisément de l’histoire sociale et politique colombienne.

C’est au cœur d’un « réel merveilleux » – renommé « réalisme magique » -, cher aux auteurs latino-américains, que semble nous porter d’emblée la jeune réalisatrice brésilienne.  Cette fine ligne de démarcation entre le réel et le fantastique, entre les vivants et les morts, prend justement forme à la lisière d’une frontière : sur l’Ile Fantasia, entre la Colombie, le Brésil et le Pérou. Dans cet entre-deux débarquent Amparo et ses deux enfants, fuyant la violence colombienne, fruit de plus de 60 ans de conflit armé.

Plongés dans une cité sur pilotis, nous suivons l’installation de ces déplacés dans leur nouvelle terre d’asile : de l’écueil administratif – ce versant bureaucratique qui paradoxalement immobilise dans l’errance – au souvenir de la perte, le poids de l’absence.Cette réalité apposée, nos sens sont ensuite délicatement mis en éveil. Bruissement de la jungle, grincement des planchers et souffle continu du vent s’immisçant sous le zinc, toute l’atmosphère pour préparer la rupture ; il nous faudra pour lors tolérer les fantômes, ces spectres qui, à la hauteur des vivants, régissent le quotidien de cette île de l’attente. «

«Los Silencios», lisière de protection Marcos Uzal LIBERATION 2 0419

« La Brésilienne Beatriz Seigner suit une famille réfugiée dans une île reculée, entre jolie fable et réalisme austère.

Sur l’île de Fantasia, à la triple frontière colombiano-péruvo-brésilienne. Photo Pyramide

Fuyant la Colombie et la guerre contre les Farc, après la disparition de son mari, une femme et ses deux enfants débarquent sur l’île nommée Fantasia, située au milieu de l’Amazonie. Ce lieu, qui existe et porte vraiment ce beau nom, est au croisement de la Colombie, du Pérou et du Brésil, sans appartenir à aucun des trois pays. Le film le place au cœur d’une autre frontière, plus invisible encore, en y faisant cohabiter morts et vivants. Ainsi, la famille réfugiée peut parfois retrouver le défunt mari et père, sans que cela semble lui produire un grand trouble. C’est qu’ici, les morts paraissent aussi réels que les vivants. Ils ont un corps, ils parlent, ils aident même à faire la cuisine et, surtout, on les réunit pour s’entretenir avec eux de politique, écouter leurs témoignages et doléances. Car mortels et fantômes ont les mêmes droits à faire valoir, pour que cesse le conflit interminable qui a tué les uns et endeuillé les autres, et pour que, où qu’ils soient dans le monde ou l’au-delà, à chacun soit donnée une place digne.

En partant d’un lieu, d’une situation et de problèmes bien concrets – le conflit avec les Farc et le sort compliqué des réfugiés colombiens au Brésil –, la réalisatrice Beatriz Seigner parvient à trouver un assez bel équilibre entre la fable fantastique et un réalisme austère. Prenant son temps pour rendre quotidien l’irrationnel, évitant tout pathos, ne se figeant pas dans un discours, elle préserve un constant mystère aussi bien dans l’allégorie politique que dans sa façon de filmer cet étrange village sur pilotis, très pauvre et bien peu exotique, que l’eau vient parfois envahir. Le son très dense, mêlant oiseaux, insectes, chiens et autres bruits moins identifiables, renforce ce sentiment que la nature et le surnaturel se répondent ici en permanence. Lent, précis et sec comme un poème, Los Silencios exige du spectateur la patience nécessaire au véritable envoûtement, non pas celui qui nous est imposé mais celui que l’on sent progressivement monter en soi face à des lois qui débordent notre raison. A qui accepte de ne pas être sûr de ce qu’il voit et entend, la fin réserve une émouvante surprise. »

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Bande Annonce et vidéos

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Documents à télécharger et pistes pédagogiques

https://www.zerodeconduite.net/film/5011 (dossier pédagogique)

https://www.labalaguere.com/culture-traditions-colombie.html

https://www.lemonde.fr/international/article/2019/08/29/colombie-d-anciens-chefs-des-farc-annoncent-la-reprise-de-la-lutte-armee_5504272_3210.html

Violence sociale et ritualisation de la mort et du deuil en Colombie Anne-Marie LosonczyAutrepart 2003/2 (n° 26) : https://www.cairn.info/revue-autrepart-2003-2-page-187.htm

Superstition et sorcellerie en Colombie Juan Duputel https://lepetitjournal.com/bogota/superstition-et-sorcellerie-en-colombie-163478

Quand les morts reviennent… Réflexion sur l’ancestralité chez les Mayas des Basses Terres : https://journals.openedition.org/jsa/1560

Les cours d’eau dans les incantations chamaniques des Indiens yucuna (Amazonie colombienne). Chez les Yucuna, chaque cours d’eau a une histoire, des maîtres ou des habitants d’origine. Tous sont mentionnés dans des invocations, appelées juní maná (« invocations de l’eau »). Ces invocations énumératives sont fondamentales dans le chamanisme yucuna : elles constituent une structure de base reprise dans de nombreuses incantations, lesquelles sont complétées en fonction du type de cure à prodiguer. Elles rappellent, expliquent et situent l’origine de chaque élément naturel en l’associant souvent à un extrait d’histoire ou de récit mythique bien précis, envisagé en fonction de ses conséquences dans la vie quotidienne. Nous présentons ici ces « invocations de l’eau » dans leur langue d’origine ainsi que les commentaires du thérapeute. https://journals.openedition.org/jsa/11693

Écouter le silence ? À propos de Retour des corps, parcours des âmes. Exhumations et deuils collectifs dans le monde hispanophone https://journals.openedition.org/jsa/17055

https://www.colombia.co/fr/la-colombie/culture/colombie-pays-multiethnique-multiculturel/

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