SONITA

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 sonita A partir de 14 ans
Documentaire – Rokhsareh G. Maghami – Allemagne, Iran, Suisse – 2016 – 1h31 – VOST
Rapper au pays où les femmes n’ont pas le droit de chanter.
Entre âpre réalité et rêves. Une jeune afghane passionnée, réfugiée en Iran, utilise le rap pour se rebeller contre la violence des traditions dans son pays natal.
Rapper au pays où les femmes n’ont pas le droit de chanter
Portée par sa détermination, riche des rêves de ses 18 ans, Sonita revient de loin, originaire d’ Afghanistan, elle est réfugiée depuis l’age de 7ans en Iran. Elle y vit difficilement et bénéficie du programme d’une ONG pour s’éduquer.
Elle est douée pour les rimes et les paroles et se rêve en Rihanna, le rap est sa seule arme pour crier sa révolte contre l’horreur de la tradition. Mais c’est au nom de cette tradition, que sa mère lui réserve un autre destin, celui d’être mariée de force et vendue 9000$ pour financer le mariage de son frère.
La réalisatrice voulait seulement filmer la réalité du quotidien de Sonita, mais touchée par sa situation, incapable de laisser faire ce mariage forcé, elle s’investit, l’engagement artistique devient personnel : elle choisit de changer le cours des événements et d’apparaître à l’écran.
Par son implication, elle lui permet d’échapper à son sort de fille vendue. Sonita est rayonnante dans sa lutte pour changer la société, on tremble pour elle, on rage…Grand Prix du Jury et prix du Public, Sundance Festival 2016
Prix du Public et Jury jeunes à IDFA 2015 Pays bas
Prix du Public DOCUMENTA Madrid Espagne 2016
Prix du Public One World Rép. Tchèque 2016

Ils en parlent

site du distributeur avec dossier de presse
La LDH soutient le film
 site suisse complet
site de La Croix
site avoir-alire: critique
article du Courrier International

FEMMES, ENTRE IRAN ET AFGHANISTAN PAR CAROL MANN
Sociologue, spécialisée dans l’étude du genre et conflits armés.

Sonita, réalisé par la cinéaste iranienne Rokhsareh Ghaem Maghami, sort en France quinze ans après la destruction des Tours Jumelles à New York, qui fut suivie par l’invasion de l’Afghanistan, mise en place par les Etats-Unis et les pays de l’OTAN. Le principal effet de la présence occidentale a été l’accès, pour une population largement illettrée, à la société de consommation, aux médias mondialisés par le biais de la télévision, de l’internet et des téléphones portables. Sous les voiles, on arbore des tenues à la mode, entre filles on chante les tubes, voire du rap comme le montre Sonita, mais  les femmes n’ont pas le droit de monter sur scène en Afghanistan et en Iran. Des filles vont à l’école mais si l’on connaît à peu près le nombre qui s’y rend à la rentrée, celles qui abandonnent la scolarité au bout de quelques mois, parfois quelques années, pour cause de mariage ne sont guère comptabilisées. Le niveau de santé général s’est amélioré, mais en dépit des milliards investis, les mortalités maternelles et infantiles demeurent parmi les plus élevées au monde. On construit des hôpitaux, mais de là à permettre aux jeunes mères, d’ailleurs de plus en plus jeunes, d’y accoucher, c’est encore autre chose. La situation est bien pire dans les nombreuses provinces (plus de 50% du territoire) contrôlées par les Talibans d’aujourd’hui, appellation qui recouvre des groupes armés souvent rivaux, mais réunis par une pratique d’un Islam fondamentaliste salafiste hautement politisé. Notre héroïne Sonita a fui en Iran où vit tant bien que mal une population réfugiée qui se renouvelle au fil des guerres, depuis l’invasion soviétique de 1979.
On évalue le chiffre des immigrés afghans clandestins à environ trois millions. Les conditions sont dures, mais néanmoins l’Iran offre une certaine ouverture sur le monde, inimaginable en Afghanistan. Dans la zone frontalière avec l’Iran, où est née la jeune femme, le grand tchador noir à l’iranienne reste de mise. Les femmes sont soumises à un asservissement aux Talibans et à un code de lois orales qui se fondent sur le droit pre- islamique, bien plus sévère que la Charia. Les mariages sont non seulement arrangés, mais contraints: la condition principale étant de réunir les fonds qui permettent de payer ce qu’on appelle la compensation matrimoniale. Cette transaction est traditionnellement appelée «le prix du lait» (shir bahaï), dans le monde persanophone. Le mari devient alors le propriétaire du labeur et des capacités de procréation de son épouse, au même titre que de son bétail. Les hommes travaillent des décennies durant pour réunir la somme requise, ce qui explique l’énorme différence d’âge si fréquente entre les conjoints. Et la valeur pécuniaire de la mariée est d’autant plus élevée qu’elle est jeune, voire très jeune. La notion de l’enfance, invention tardive du Siècle des Lumières, n’existe pas dans cette partie du monde où le destin de chacun est conditionné par le sexe biologique. Les sommes encaissées sont immédiatement remises en circulation pour marier le fils qui aura besoin de ce capital pour acquérir une épouse à son tour.
Sonita possède une personnalité remarquablement forte: enfant bien de son époque, elle sait qu’il y a des alternatives à la condition qu’on veut lui imposer. Elle est prête à se battre. Si elle avait grandi en Afghanistan et exprimé de pareils désirs, il est probable qu’elle aurait été séquestrée, poussée à se suicider, voire tuée par ses proches. Mais Sonita a choisi la lutte, par le rap: ses chansons mettent en mots les revendications de millions de fillettes afghanes qui ont enfin trouvé une porte-parole
 

ENTRETIEN AVEC  Roksareh Ghaem Maghami — Réalisatrice

Parlez-nous de votre film…
Mon film  retrace l’histoire d’une jeune immigrante afghane qui rêve de devenir une chanteuse de rap, alors que sa famille a le projet de la marier de force, pour la somme de 9 000 $.
Comment est né le projet de ce documentaire ?  Comment s’est faite la rencontre avec Sonita ?
J’ai rencontré Sonita grâce à ma cousine qui travaillait comme animatrice sociale au sein  d’une  Organisation  Non  Gouvernementale  «House  of  Affection»  qui  milite auprès des enfants des rues et les orphelins. Elle m’a parlé de Sonita, de son projet de faire de la musique et de son besoin d’établir des connections dans ce milieu. J’ai alors rencontré Sonita. Elle était très ambitieuse. C’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser à elle. Peu de temps après j’ai eu envie de faire un documentaire. Ce qui m’intéressait chez Sonita c’était qu’elle nourrissait beaucoup de rêves. Je ne voyais aucun avenir pour elle. Son destin tragique m’interpellait. Même si le gouvernement iranien la reconnaissait comme citoyenne, le gouvernement afghan, lui, ne la reconnaissait pas ! Elle ne pouvait pas obtenir de pièce d’identité, ni aucun papier. Elle ne pouvait pas non plus aller à l’école, ni voyager. Elle ne pouvait rien faire.
Il semble  que le sujet du documentaire ait changé au contact de Sonita.
Je voulais faire un film qui aborde la situation difficile des jeunes immigrants en Iran, pour la plupart abandonnés à leur sort par leurs parents, une fois la frontière passée. Et puis j’ai eu envie de la suivre dans sa vie et d’observer ce qu’elle faisait de ses rêves. Je voulais faire un film sur un jeune qui était dans sa situation.   Je ne voulais pas spécialement engager le sujet du mariage forcé. Je savais que c’était une tradition courante en Afghanistan, mais ce n’était pas le sujet de mon film. J’étais plus focalisée sur les sujets de la discrimination, l’éducation et la justice mais par la force des événements, ce thème est devenu central.
Pouvez-vous nous  expliquer  comment vous  êtes  devenu  un  personnage de votre propre documentaire ? Il apparaît que ce n’était  pas une volonté de votre part, que la situation était telle que vous n’aviez  pas le choix. Est-ce correct ?
Effectivement, je ne voulais pas apparaître dans le film. C’est pour cela qu’on fait le choix  de  devenir  réalisateur  de  documentaire,  parce  qu’on  veut  filmer  d’autres personnes. Mais quand j’ai vu que l’ONG n’allait pas lui venir en aide, j’ai pensé que c’était important de le faire… Je devais réfléchir au processus de production et avant toute chose à la décision que je voulais prendre. C’est alors qu’il m’a semblé nécessaire que j’apparaisse dans le film, de devenir un personnage, autrement, cela aurait été très étrange que ses problèmes soient résolus de façon magique. Il n’y avait pas d’autres choix. J’y ai longuement réfléchi. J’étais convaincue que nous ne pouvions pas juste enregistrer, nous devions intervenir.
De manière générale,  pensez-vous qu’un réalisateur de documentaire  doit rester objectif et suivre ses personnages dans la vie  ? Pensez-vous qu’il  est important de ne pas intervenir ?
Au-delà d’intervenir ou de ne pas intervenir, il doit surtout montrer ce qu’il fait.  Ce qui est important, c’est de rester intègre. Il y a un moment où, si vous pouvez venir en aide et que c’est facile de changer le cours des événements, alors il faut le faire.  Dans le cas de Sonita, nous aurions pu rentrer avec elle en Afghanistan et filmer son mariage forcé, mais je ne pouvais me résoudre à l’idée de l’abandonner à son sort. Je me suis sentie obligée d’intervenir. Pour le reste, ce n’est pas mon rôle d’intervenir, certains désastres ne peuvent être évités.

 
ENTRETIEN AVEC SONITA ALIZADEH

Il y a tellement d’émotion, d’intensité, de passion dans ce film… Pourquoi avez-vous choisi le rap pour partager votre message ?
En fait je ne voulais pas spécialement devenir rappeuse, j’ai choisi le rap car c’était plus adapté que la pop musique. Je cherchais juste un moyen de partager mon histoire. J’avais tellement de choses à dire et le rap permet de dire plus de choses voilà tout. D’une manière ou d’une autre, j’étais prête pour ça !
C’était désormais mon tour après avoir été celui de mes sœurs d’être vendue, mariée de force, au nom de la tradition. C’est une chose courante dans mon pays. Malgré tout j’aime certaines traditions en Afghanistan, j’ai grandi avec. Mais je n’aime pas toutes les traditions, comme celles qui consistent à vendre les filles. Ils ne se rendent pas compte à quel point c’est horrible ! J’étais choquée… Je n’arrivais pas à le croire. J’allais devoir abandonner tous mes rêves, mon école, tout…. Mes amies. Je n’arrivais pas à le croire quand m’est venue cette solution : j’étais dans le pétrin, j’analysais la difficulté de ma situation et à ce moment-là j’écoutais un morceau de rap. J’avais déjà écouté du rap avant mais sans vraiment y prêter attention. C’est là que j’ai réalisé que je pouvais utiliser le rap pour changer la société et j’ai trouvé que c’était le meilleur moyen pour partager un message important.
Aviez-vous  déjà  une idée  de la façon dont vous pourriez  parvenir  à réaliser ce projet ?
C’est plus tard que j’ai trouvé du soutien auprès de mes amis, de l’ONG et de la réalisatrice. Ils m’ont aidé, ont donné de l’argent à ma mère et elle est rentrée en Iran. C’est ensuite que j’ai décidé d’écrire la chanson Sonita, « Brides for sale » qui concentre toutes les émotions que je ressentais alors. Cela parlait des mariages d’enfants et de ce que c’est que d’être une enfant mariée. Beaucoup de mes amies ont été confrontées au mariage forcé et elles avaient des ecchymoses sur le visage. L’une de mes amies a un enfant désormais. Elle est plus jeune que moi ! J’ai fait le clip vidéo de «Brides for sale» pour montrer le quotidien de mes amies.
Pouvez-vous nous parler de votre relation avec votre famille ?
Aujourd’hui, ma relation avec ma famille s’est améliorée. Ils ne croyaient pas en moi. Quand je leur parlais de mes rêves, ils me répondaient « OK, continue de rêver ! ». Et maintenant ils réalisent que la musique peut changer beaucoup de choses.
Qu’est-ce que ce film a changé dans votre vie ?
Je suis très heureuse d’avoir fait ce documentaire. Pas seulement parce que j’en ai échappé, mais aussi parce que cela m’a permis de prouver qu’on peut refuser le mariage d’enfant et que si on a confiance en soi, on peut être fort et y arriver. Je voudrais que le monde entier voie ce film pour montrer aux familles que les filles ont du pouvoir, qu’elles peuvent construire leur avenir et aussi soutenir leurs parents. J’ai une vie meilleure désormais, mais je reste attristée, car je garde en mémoire des images de mes amies, de ma sœur et d’autres filles qui portent des ecchymoses sur leurs visages. Ce film montre le passage le plus triste de ma vie. Mon but est d’en finir avec le mariage forcé des enfants dans mon pays et ailleurs dans le monde, de travailler avec les organisations et d’autres personnes qui se battent pour cette cause.

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Bande Annonce et vidéos

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Documents à télécharger et pistes pédagogiques

Un très bon dossier pédagogique complet et efficace : cliquez ici

Dossier: la situation des femmes en Afghanistan pour le secondaire : cliquez ici

Le film Sonita a reçu le prix Jean Renoir des lycéens, lien eduscol très complet pour les enseignants

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