Parvana, une enfance en Afghanistan

À partir de 11 ans

Parvana, une enfance en Afghanistan
Animation – Nora Twomey – Canada, Irlande, Luxembourg – 2018 – 1 h 33 – VF
L’imagination et la culture contre la violence et la barbarie.
Sous les talibans, Parvana, 11 ans, grandit à Kaboul ravagée par la guerre. Son père, écrivain public, est arrêté. Elle est alors prête à tout pour essayer de le sauver et venir en aide à sa famille.
Pistes pédagogiques : les inégalités fille-garçon/la lutte et la résilience face à l’oppression/le conte
Désolé, il n'y a pas de séance prévue pour le moment. Revenez prochainement !

En savoir plus… http://www.le-pacte.com/france/a-l-affiche/detail/parvana/

En Afghanistan, sous le régime taliban, Parvana, onze ans, grandit à Kaboul, ravagée par la guerre, dans une famille heureuse et instruite. Son père, lecteur et écrivain public, raconte à ses enfants depuis toujours l’histoire de leur pays, leur apprend à écrire et à lire des contes pour s’émanciper. Il est arrêté et emprisonné pour possession de livres interdits et pour avoir éduqué les femmes de son foyer. La vie de Parvana bascule à jamais car sans être accompagnée d’un homme, on ne peut plus travailler, ramener de l’argent ni même acheter de la nourriture. Elle décide de se couper les cheveux et d’enfiler les vêtements de son frère aîné Suleyman, mort il y a des années, pour travailler et gagner de l’argent. Si Parvana est un garçon à la ville, seul moyen pour elle de se libérer de l’oppression patriarcale, elle redevient une fille une fois rentrée chez elle. Le soir, elle raconte à son petit frère les aventures de Suleyman, un garçon bravant tous les dangers. Le dessin en 2D laisse alors sa place à des séquences d’animation en papier découpé, dans un monde plus onirique, moins dangereux, où tout est possible puisqu’il suffit de l’imaginer et de le raconter. Parvana est un conte merveilleux sur l’émancipation des femmes et l’imagination face à l’oppression.

Festival du Film d’Animation d’Annecy : prix du public, prix du jury, prix de la meilleure musique originale – SACEM – longs métrages.

Ils ont fait le film

La réalisatrice Nora Twomey

Nora Twomey est une animatrice, actrice, réalisatrice et productrice irlandaise née le 31 octobre 1971 à Cork. Elle a déjà réalisé Brendan et le secret de Kells (2009).

Extraits de l’article de Télérama

La réalisatrice irlandaise vient de recevoir le Prix du jury et le Prix du public à Annecy pour son lumineux film, en salles ce mercredi 27 juin. A travers le parcours difficile de sa jeune héroïne afghane, elle veut toucher en particulier le jeune public et l’aider à affronter ses peurs.
Parvana, une enfance en Afghanistan est reparti du Festival international du film d’animation d’Annecy 2018 avec le Prix du jury et le Prix du public. Mais le Cristal, qui récompense le meilleur long métrage du « Cannes de l’animation » – et attribué cette année à Funan, du Français Denis Do –, n’aurait pas été usurpé tant le film de Nora Twomey est une splendeur. Une chronique bouleversante de la vie d’une petite fille sous la dictature des talibans, qui parvient à associer réalisme et merveilleux.
Parvana, une enfance en Afghanistan est un projet de Cartoon Saloon, une jeune société de production basée à Kilkenny, et dont les films d’animation s’ancrent dans une culture locale pour atteindre l’universel. Après avoir coécrit le très beau Brendan et le secret de Kells (2009), qui célèbre la civilisation celtique, l’Irlandaise Nora Twomey a voulu rendre hommage au patrimoine afghan.

article de Stéphane Dreyfus, journal La Croix

Extraits :
La réalisatrice du très beau film d’animation « Parvana, une enfance en Afghanistan », en salles demain, est une femme sensible qui, comme son héroïne, a traversé de nombreuses épreuves.
(…)Il est des personnes qui vous électrisent de leur courage. Nora Twomey est de celles-ci. L’entretien avec la réalisatrice de Parvana, une enfance en Afghanistan avait pourtant commencé de façon très classique.
Installée dans un box intime mais impersonnel de la salle de presse du Festival international du film d’animation d’Annecy, la cinéaste irlandaise parle avec une application professionnelle de son très beau long métrage, histoire poignante d’une jeune fille obligée de se travestir en garçon pour survivre sous le joug des talibans. (…)
« Quand j’ai eu mon premier enfant, je n’ai plus été capable d’écouter les infos durant six mois, confie-t-elle. Je ressentais le besoin de me protéger de l’actualité, très anxiogène. Quand j’ai lu le roman de Deborah Ellis (1), j’ai eu envie de l’adapter en animation car il me permettait d’explorer ces questions. Puis, au bout de quelques mois, je me suis dit que je n’avais pas le droit de raconter cette histoire, qu’elle n’était pas la mienne. Mais je suis à nouveau convaincue qu’il pouvait être intéressant de parler du monde réel à un public large, y compris à des enfants. »
« Je ne parlais pas mais je me racontais des histoires »
Ses traits fins, fatigués par des mois de promotion, se détendent et son visage diaphane se colore peu à peu du pourpre de sa tenue, d’une élégance discrète, au gré du récit de son entrée dans le monde de l’animation.
La jeune Nora naît et grandit à Cork dans les années 1970 et 1980. Elle a 15 ans quand son père meurt… « Je me noyais à l’école. J’ai quitté le lycée et j’ai commencé à travailler dur : c’était sans doute ma manière de faire mon deuil. Je faisais les trois-huit dans une exploitation agricole. Durant ces journées de labeur, je ne parlais pas mais je me racontais des histoires. » Elle continue à dessiner, un passe-temps qu’elle n’a pas abandonné depuis l’enfance. Sa sœur et sa mère la poussent à faire une école d’art à Cork. « Je voulais dire des choses en dessinant, mais il fallait savoir écrire, donc j’ai choisi le langage de l’animation, appris à l’université Ballyfermot de Dublin ». Elle y rencontre ses futurs amis et associés, Paul Young et Tomm Moore.
Après avoir travaillé dans un studio de la capitale irlandaise, c’est avec eux qu’elle fonde en 1999 le studio Cartoon Saloon dans une petite pièce d’un ancien orphelinat, à Kilkenny. Ils étaient une poignée, ils sont aujourd’hui 80 ! Il faut dire que l’industrie de l’animation est florissante en Irlande dont les aides fiscales rendent ses studios attractifs. Cartoon Saloon développe ses propres projets en les coproduisant avec d’autres pays européens, la France notamment.
« Les femmes ont appris à contourner les obstacles »
C’est le cas de Brendan et le secret de Kells (2009), formidable récit initiatique sur un jeune moine passionné d’enluminure qui doit achever un livre capable de transformer les ténèbres en lumière… Un film que Nora Twomey réalise avec Tomm Moore, avant de travailler sur l’écriture du Chant de la mer (2014), autre conte celtique, cette fois sur le travail de deuil. « Comme Parvana, ces films traitent de la peur et des façons de l’affronter », analyse la cinéaste qui a dû en combattre plus d’une lors de la réalisation de son long métrage.
« On m’a diagnostiqué un cancer fin 2016 », lâche-t-elle au détour de la conversation… Cette épreuve l’a en quelque sorte nourrie pour le film. « Je ne savais pas trop quel ton adopter pour tourner la scène durant laquelle Parvana se coupe les cheveux afin de ressembler à un garçon. Quand mon mari a dû me raser les cheveux, nous en avons ri avec mes deux garçons. Je ne sais pas trop comment c’est arrivé, mais ce fut très émouvant de voir que l’on pouvait en rire. Certaines choses sont parfois vécues de façon moins tragique que ce que l’on pensait… »
Cette force d’âme, Nora Twomey la met en œuvre au quotidien. Elle est l’une des très rares femmes dans la longue histoire du cinéma à avoir réalisé seule un film d’animation ! « J’espère que dans dix ans, ce sera un détail superflu, soupire-t-elle. Les femmes ont appris à contourner les obstacles, mais il faut qu’elles se soutiennent. La libération de la parole actuelle va dans le bon sens, mais tout reste à faire. »

[collapse]
Ils en parlent

Article de Télérama. Samuel Douhaire

(https://www.telerama.fr/cinema/films/parvana,n5307892.php=)

Sacrée audace que de vouloir raconter la tragédie de l’Afghanistan sous le régime des talibans par le biais d’un film d’animation pour jeune public. L’Irlandaise Nora Twomey – coauteur du superbe Brendan et le secret de Kells, en 2009 – relève brillamment le défi dans son premier long métrage réalisé en solo. Une fable bouleversante, qui trouve toujours la bonne distance entre réalisme et merveilleux.

Parvana, 11 ans, est une petite fille aux grands yeux ouverts sur le monde, avide de lectures et de savoir. Son malheur est de vivre en 2001 à Kaboul, alors sous le contrôle des sinistres « étudiants en religion » (signification de « talibans ») du mollah Omar. Au nom d’une prétendue loi de Dieu, les Afghanes n’ont pas le droit de sortir sans être accompagnées par un homme… Un jour, le père adoré de Parvana, ancien professeur devenu vendeur à la sauvette et écrivain public pour survivre, est arrêté sans motif par les « barbus ». Dès lors, impossible pour la fillette de travailler ni même d’aller sur le marché pour acheter de la nourriture. Parvana décide de se couper les cheveux et de se travestir en garçon pour venir en aide à sa famille…

Le scénario, basé sur les témoignages de réfugiés afghans rencontrés au Pakistan, chronique la vie sous le joug taliban avec une âpreté inattendue. La tension est permanente — une action aussi banale qu’aller chercher de l’eau au puits se transforme en danger mortel. Les traces de la guerre sont partout, avec les maisons en ruine, les carcasses de chars, et une poussière omniprésente qui recouvre Kaboul comme un linceul.

Les rondeurs du dessin, aux traits volontairement naïfs, contrastent intelligemment avec la violence des situations vécues par Parvana. La belle idée de Nora Twomey est d’ouvrir ce récit, parfois éprouvant, vers la fantaisie. Pour s’évader de sa maison devenue prison, Parvana raconte à son petit frère la légende de Souleymane, un prince chevaleresque aux prises avec un roi éléphant cruel — un combat fantasmagorique qui fait écho à la propre lutte des Afghans contre l’oppression. La réalisatrice l’illustre à la manière des enluminures persanes, avec une frénésie de couleurs qui triomphe de la noirceur du quotidien. Elle signe un plaidoyer pour la culture et pour la mémoire, sources de résistance à l’obscurantisme. Et un éloge vibrant de l’imaginaire qui nous console de la réalité, tout en nous inspirant pour la rendre meilleure…

Article site A voir à lire

(https://www.avoir-alire.com/parvana-une-enfance-en-afghanistan-la-critique-du-film)

La censure, les interdictions de tournage, de distribution, d’exploitation de certains films nous rappellent que le monde du cinéma n’échappe pas aux dictatures des pays rigoristes. Au dernier Festival de Cannes, Jafar Panahi est parvenu, une nouvelle fois, à inscrire son dernier film, Trois visages, en compétition, malgré son interdiction de tourner et de quitter le territoire iranien. Mais en s’attaquant directement au cinéma, à la littérature, à l’art en général, c’est contre la Culture tout entière que ces régimes autoritaires mènent une guerre sans merci.
Guerre contre laquelle s’engage le film de Nora Twomey, 
Parvana, une enfance en Afghanistan, adapté du roman de l’écrivaine canadienne Deborah Ellis. À travers le combat de sa jeune héroïne adolescente, obligée de se travestir en garçon pour travailler et subvenir aux besoins de sa famille après que son père ait été arrêté par les talibans, c’est un bien plus grand combat pour lequel cette œuvre s’engage : celui de la culture contre la barbarie et l’ignorance.

Parvana, son père Nurullah, sa mère Jan, sa grande sœur Soraya et son petit frère Zaki forment une famille heureuse, soudée et… instruite. Nurullah s’emploie depuis toujours à raconter à ses enfants l’Histoire de leur pays, leur apprend à écrire et à lire des contes pour s’émanciper. Grossière erreur ! Les talibans préfèrent les femmes soumises, peu éduquées, bonnes à servir leur mari et à s’occuper des enfants et du foyer. Les couleurs du dessin ont beau être chaudes, le jaune pâle prédominant, la ville de Kaboul n’en est pas moins gangrénée par l’islamisme radical, et la douce lumière du soleil se trouve bien souvent cachée, ternie et assombrie par des couleurs froides et sombres, du kaki au gris en passant par le marron. Nurullah est arrêté et emprisonné pour possession de livres interdits et pour avoir éduqué les femmes de son foyer.

Digne héritière de la philosophie humaniste et pacifiste de son père, oppressée socialement, maltraitée physiquement, Parvana n’en est pas moins libre dans sa tête et son corps. Le récit glisse peu à peu dans la subversion de genre et de l’identité lorsqu’elle décide de se couper les cheveux et d’enfiler les vêtements de son frère aîné Suleyman, mort il y a des années, pour travailler et gagner de l’argent, aidée par son amie d’école Shauzia, devenue elle aussi un garçon. Ainsi, plutôt que de le dénoncer directement et ouvertement, le film contourne le machisme et la misogynie islamiques pour mieux les frapper au cœur, prônant le féminisme et l’émancipation du deuxième sexe.

Si Parvana est un garçon à la ville, seul moyen pour elle de se libérer de l’oppression patriarcale, elle redevient une fille une fois rentrée chez elle. Et surtout, une sœur. Le soir, pour apaiser son petit frère Zaki, elle lui raconte à voix haute les aventures de Suleyman, un jeune garçon bravant tous les dangers pour aller récupérer les récoltes de son village dérobées par un méchant roi éléphant. Cette histoire nous est contée à l’écran, comme celles de Nurullah au début du film. Le traditionnel dessin en 2D laisse alors sa place à des séquences d’animation en papier découpé, qui font basculer la diégèse dans un monde bien plus onirique, bien moins dangereux, où tout est possible puisqu’il suffit de l’imaginer et de le raconter, en même temps qu’elles traduisent visuellement, matériellement, la frontière entre le rêve et la réalité, entre la guerre et la paix, entre la soumission et la liberté. L’imagination et la culture forment ici un refuge sûr et fort contre la violence et la barbarie.
Plantant une étoile au milieu du réel comme les grands écrivains surréalistes, un pied sur la terre ferme, l’autre dans les nuages, 
Parvana, une enfance en Afghanistan est un beau film d’animation, réaliste, lucide, mais aussi politique, poétique, et empreint d’espoir.

Autour du film

Les droits ou les non-droits des filles et des femmes en Afghanistan

Site rawa.org. Quelques-unes des restrictions imposées aux femmes par les talibans en Afghanistan.

(http://www.rawa.org/rules_fr.ht )

[collapse]
Bande Annonce et vidéos

[collapse]
Documents à télécharger et pistes pédagogiques

Les droits ou les non-droits des filles et des femmes en Afghanistan

Site rawa.org. Quelques-unes des restrictions imposées aux femmes par les talibans en Afghanistan.

(http://www.rawa.org/rules_fr.ht )

  Parvana, une enfance en Afghanistan : Dossier pédagogique (5,6 MiB, 109 hits)

Livres
Parvana – Une enfance en Afghanistan
Deborah Ellis
Date de parution : 30/05/2018
Nombre de pages : 192
Prix : 4.95€
Code barre / ISBN : 9782017038450

[collapse]

Les commentaires sont fermés.