L’ORPHELINAT

 

L’ORPHELINAT

À partir de 15 ans

Drame historique – S.Sadat – Afghanistan, All., Dk, France, Lux., Qatar – 2019 – 1 h 30 – VOST

Imagine que tu es …

Ce film aborde avec finesse à travers la vie de Qodrat, conduit par la police dans un orphelinat pour la revente d’entrées à des films bollywoodiens, les différents régimes politiques de l’Afghanistan. Fin des années 80, la vie à l’orphelinat est, malgré la dureté d’être seuls sur terre, douce. Entre jeux et rêverie, les jeunes reçoivent attention et instruction de la propagande soviétique du gouvernement afghan soutenu par l’URSS. Ils vivent dans un monde qu’ils ne comprennent pas très bien mais auquel ils s’adaptent par force. Qodrat, parfois pour dépasser cette réalité, s’imagine en héros dans des scènes “kabullywoodiennes”, en apparence naïves. Mais, presque du jour au lendemain, ce monde s’arrête net !

Pistes pédagogiques : les régimes politiques de l’Afghanistan, le réel et l’imaginaire.
En savoir plus… https://www.rouge-distribution.com/2019/10/30/quodratlorphelinat.html
Désolé, il n'y a pas de séance prévue pour le moment. Revenez prochainement !

Ils ont fait le film

Entretien avec Shahrbanoo SADAT, Réalisatrice

« LE CINÉMA AFGHAN EST COMME UN BÉBÉ, IL FAUT ENCORE DU TEMPS POUR QU’IL GRANDISSE »

Shahrbanoo SADAT est une réalisatrice afghane qui n’a pas encore trente ans mais déjà deux longs-métrages à son actif, « Loup et mouton » (2016) et « l’Orphelinat » présenté, comme le premier, à la Quinzaine des réalisateurs. Elle revient ici sur la genèse du film, les conditions de tournage et plus largement sur la production cinématographique dans son pays. Entretien.

Pourquoi avoir choisi de situer l’histoire dans une période de bascule pour l’Afghanistan c’est-à-dire au moment de la chute du régime du président communiste Najibullah et l’arrivée des moudjahidin ?

Shahrbanoo Sadat : Je suis née en 1991. Et pour moi il était vraiment intéressant de connaître le passé de mon pays sur lequel je n’avais pas beaucoup d’informations. Ce que je savais était exactement la même chose que le monde entier. Moi je connaissais les talibans et après, quand je suis venu en Afghanistan avec mes parents. Ces derniers ont été toute leur vie des réfugiés et n’ont jamais vraiment parlé du passé. Je suis née en Iran. J’y ai grandi jusqu’à l’âge de 11 ans sans avoir même vu une seule photo de l’Afghanistan. Je ne savais même pas quel type de pays c’était, quelle langue on y parlait. Ça ne m’intéressait pas. J’étais même gênée d’être d’Afghanistan parce qu’il y avait pas mal de racisme en Iran.

Donc j’avais 11 ans quand mes parents ont décidé de rentrer en Afghanistan avec le premier groupe de réfugiés. Nous sommes arrivés juste quelques mois après les attaques du 11 septembre. J’ai d’abord détesté ce pays. Il n’y avait que des montagnes à perte de vue, c’était si sec. C’était un pays où je ne voulais pas être ! Je n’y voyais pas d’avenir pour moi. Il n’y avait même pas d’école dans le village. Mon rêve était de me rendre à Kaboul. Ce que j’ai finalement fait. C’est là que j’ai rencontré Anwar. Lui avait toujours vécu à Kaboul, connaissait beaucoup de choses et avait 18 à 20 ans de plus que moi. Quoi qu’il dise sur Kaboul, ça m’intéressait ! Quand nous sommes devenus amis il m’a fait lire son journal personnel. J’ai lu près de 800 pages. C’était le point de vue d’un enfant mais la façon qu’il avait d’écrire était si politique, si poétique, ne prenant jamais parti. Pour moi cela a été un choc de découvrir que l’Afghanistan n’a pas toujours été un pays islamiste, que les femmes n’avaient pas toujours eu à porter un foulard, que les talibans n’avaient pas toujours existé.

C’est comme ça que j’ai voulu savoir qui était Najibullah, quels étaient les liens de l’Afghanistan avec l’Union soviétique, que s’est-il passé, comme la guerre civile a démarré, qu’est-ce qui a pavé le terrain à l’arrivée des talibans ? La lecture de ce journal a totalement changé ma vie. Je suis soudain tombée amoureuse de ce pays, ce qui a ouvert une porte pour entrer dans l’histoire de l’Afghanistan.

En revanche, vous n’avez pas pu tourner votre film en Afghanistan…

Shahrbanoo Sadat : Oui, c’est toujours très compliqué même si cela m’est déjà arrivé pour mon premier film, « Loup et mouton ». C’était un souhait profond encore pour « l’Orphelinat ». Mais comme je travaillais avec une productrice germano-danoise et une équipe cinématographique toutes fonctions confondues où il y avait beaucoup de femmes, nous n’avons pas voulu courir de risques. Au Tadjikistan, pays frontalier, nous avons trouvé des décors naturels similaires et même une vieille ville de l’époque soviétique. Cela me rendait triste néanmoins : être réalisatrice, vivant en Afghanistan et ne pouvant pas tourner dans son propre pays. Ce qui s’est transformé en un plus grand défi pour moi : récréer l’Afghanistan ailleurs, mais d’une manière telle que je pourrais y croire, moi si critique vis-à-vis des films qui ne sont que des clichés. Mais quand nous sommes parvenus à la partie créative cela a été difficile. Il y avait peu de références. Par exemple, nous voulions recréer l’Afghanistan au temps des Soviétiques. J’étais en contact avec des dessinateurs de costumes en Europe mais je me suis aperçu qu’ils n’avaient pas idée de l’Afghanistan à cette époque, seulement de l’Union soviétique pensant que tous les pays prosoviétiques étaient identiques. Ce n’était pas vrai. Les produits, les costumes, tout était différent. L’Afghanistan n’était pas une partie de l’URSS. Il m’a fallu notamment avoir accès aux albums photos dans les familles de personnes que je connaissais ou procéder comme une collectionneuse. Et puis, j’avais Anwar derrière moi qui était mon assistant personnel mais nous avions besoin qu’il confirme tout. Et là, bizarrement, je me suis dit que si j’avais tourné en Afghanistan, la qualité aurait été moindre, je ne serais pas arrivé à ce résultat. Je ne pouvais pas avoir autant confiance dans le cinéma de fiction autant que maintenant. Je n’ai plus peur. Mon prochain film se passera au début des années quatre-vingt et 90 % dans la banlieue de Kaboul. Mais je n’ai plus peur de tourner ces scènes en Europe ou ailleurs.

Pierre Barbaney – L’Humanité – 26/11/2019

https://www.humanite.fr/shahrbanoo-sadat-le-cinema-afghan-est-comme-un-bebe-il-faut-encore-du-temps-pour-quil-grandisse

 

[collapse]
Ils en parlent

Arte : “OVNI CINEMATOGRAPHIQUE”

À la croisée des genres entre drame socio-politique et comédie musicale bollywoodienne, L’Orphelinat est un ovni cinématographique, aussi drôle que touchant. Le film a été tourné au Tadjikistan avec des acteurs amateurs afghans, parce qu’il est presque impossible de faire des films en Afghanistan.

Récit de tournage par sa réalisatrice Shahrbanoo Sadat qui se bat pour que le cinéma afghan survive coûte que coûte.

https://tv-programme.com/arte/replay/quot-l-apos-orphelinat-quot-une-jeunesse-afghane_5ddff77ab8da5

 

Le Monde : “POURQUOI PAS”

Après Wolf and Sheep (2016), la réalisatrice afghane Shahrbanoo Sadat poursuit l’adaptation des Mémoires de son complice, l’écrivain Anwar Hashimi, avec le même jeune comédien, Qodratollah Qadiri. A la fin des années 1980, à Kaboul, Qodrat, gamin des rues, est arrêté par la police et placé dans une institution où il se lie d’amitié avec d’autres vagabonds de son âge. C’est entre les murs de cet établissement que se déroule l’essentiel du récit, s’ouvrant comme une chronique de l’âge tendre et des émotions qui le caractérisent (amusements, défis, rodomontades, attrait érotique pour une jeune professeure).

Dans un second temps, l’orphelinat devient la caisse de résonance de l’histoire afghane et d’un changement de régime aux conséquences dramatiques pour le pays. A cette période, l’Afghanistan est encore une république soviétique, engagée dans une démarche d’éducation populaire. Mais la marche des moudjahidine et l’avènement d’un Etat islamique scellent une chappe de plomb sur cet univers retiré, où les femmes professeures démissionnent, où les hijabs fleurissent, où l’on détruit par le feu les archives…

Si la mise en scène cède parfois à certains tics naturalistes (une caméra secouée inutilement), L’Orphelinat vaut avant tout pour la délicatesse d’un portrait de groupe, dont certains ne sortiront pas indemnes. Plutôt que d’écraser ses jeunes personnages sous l’oppression qui vient, le récit se résout sur le plan de l’imaginaire (celui des films bollywoodiens qui circulaient pendant le communisme) par une dernière scène galvanisante qui assied la primauté du rêve adolescent.

Mathieu Macheret – 27/11/2019

https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/11/27/insouciance-de-l-adolescence-et-menace-islamiste-dans-l-orphelinat-film-sur-la-fin-d-une-epoque-a-kaboul_6020676_3246.html

 

Les Echos : “L’Orphelinat : une curiosité afghane”

« L’Orphelinat » met scène, souvent avec humour, des personnages adolescents ballottés par le cours de la grande histoire.

Shahrbanoo Sadat met en scène l’histoire d’un jeune orphelin afghan qui ne jure que par le cinéma de Bollywood. Singulier et stimulant.

Kaboul, à la fin des années 1980, alors que l’armée soviétique occupe encore l’Afghanistan. Qodrat, un jeune orphelin, survit avec les faibles moyens du bord dans la capitale et s’adonne à divers trafics. Fou de cinéma et amateur des films indiens de Bollywood, le héros revend au marché noir des tickets à l’entrée des salles de la ville. Arrêté par la police, Qodrat découvre bientôt la réalité d’un orphelinat géré par les soviétiques…

AVANT LES TALIBANS

Déjà autrice d’un premier film en 2016 (« Wolf and Sheep »), la réalisatrice afghane Shahrbanoo Sadat continue de dresser le portrait de son pays avec « L’Orphelinat », une fiction dans laquelle, en retraçant le parcours de son protagoniste juvénile, elle évoque la période qui a précédé la prise du pouvoir par les talibans. Malgré ses maladresses formelles (notamment quand Qodrat s’imagine héros de comédies musicales bollywoodiennes), « L’Orphelinat » séduit et intéresse en mettant en scène, souvent avec humour, des personnages adolescents ballottés par le cours de la grande histoire.

Un film original qui mérite d’être découvert.

Olivier de Bruyn – 26/11/2019

https://weekend.lesechos.fr/cinema/films/0602289702690-lorphelinat-une-curiosite-afghane-2308798.php

 

 

 

[collapse]
Bande Annonce et vidéos

[collapse]

Documents à télécharger et pistes pédagogiques

Les commentaires sont fermés.